[Interview] Benjamin, chercheur post-doctorant
Benjamin Huybrechts est chargé de cours adjoint à HEC-Ecole de Gestion de l'Université de Liège. Il s'intéresse au commerce équitable depuis sa thèse : Explaining Organisational Diversity in Fair Trade Social Enterprises. Il éclaircit pour nous les liens entre le commerce équitable et le développement durable.
Benjamin, peut-on associer les idées de « commerce équitable » et de « développement durable » ?
Clairement, il y a de nombreuses convergences entre commerce équitable et développement durable. Ce dernier est d’ailleurs explicitement mentionné dans la définition internationale communément admise du commerce équitable (FINE, 2001). Bien sûr, le développement durable est un concept bien plus large et également beaucoup plus vague que le commerce équitable, qui y trouve donc sa place comme une des initiatives régulièrement prises comme exemples.
Est-ce que le commerce équitable est rentable économiquement ?
A l’heure actuelle, la plupart des filières de commerce équitable sont rentables, dans la mesure où il existe une demande importante et en croissance continue (malgré la crise). Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les organisations de commerce équitable sont rentables en permanence.
Toutefois, l’artisanat équitable constitue un plus grand défi en termes de rentabilité, dans la mesure où l’achat est forcément moins régulier que pour l’alimentaire ou les cosmétiques, que l’accès à une distribution de masse est difficile et que la qualité reste inégale.
Doit-il se développer dans les grandes surfaces pour être efficient économiquement ?
Pas nécessairement : si un réseau de boutiques spécialisées est bien organisé et fidélise ses consommateurs, il est tout à fait possible de se développer hors de la grande distribution. Cette dernière augmente fortement le volume des ventes, raison pour laquelle elle est promue pour la distribution des produits équitables ; mais l’argument des volumes, même s’il conduit à des économies d’échelle, est différent de celui de l’efficience.
Le commerce équitable répond-il au critère social du développement durable ?
Il est impossible d’affirmer quoi que ce soit pour « le commerce équitable », qui est un concept et non un « secteur » ; en effet, les types d’opérateurs au Nord et au Sud et l’organisation des filières sont tellement diversifiés qu’on peut toujours trouver des exemples qui confirment ou infirment ce type d’hypothèse.
Néanmoins, on peut dire que la plupart des opérateurs de commerce équitable, par choix ou par contrainte (labellisation), tend à cibler des groupes de producteurs qui, s’ils sont rarement les plus pauvres, sont relativement « petits » et connaissent des difficultés à écouler leur production à un prix leur permettant de vivre dignement. En ce sens, les outils du commerce équitable (prix, préfinancement, prime, relation dans la durée, etc.) tendent généralement à améliorer les conditions de vie de catégories d’acteurs défavorisés, répondant dès lors au critère social.
En ce qui concerne d’autres catégories d’acteurs impliqués dans les filières équitables (par exemple le personnel des entreprises de transport et de distribution), il n’y a malheureusement pas de garanties à l’heure actuelle, et les situations sont donc à nouveau très diverses.
Le commerce équitable répond-il au critère écologique du développement durable ?
C’est en tout cas un critère de plus en plus important dans le processus de labellisation et dans les pratiques des acteurs ; si tout n’est pas (encore ?) du niveau biologique, les produits du commerce équitable, si l’on considère les conditions de production, sont plus écologiques qu’ailleurs.
Est-ce que les standards de FLO apportent une réponse suffisante pour l’environnement ? Les produits doivent-ils tous êtres labellisés AB ?
Les standards sont régulièrement rehaussés à ce niveau-là et il y a encore du travail à fournir, mais de là à parler de « réponse suffisante »... La réflexion sur la protection de l’environnement ne devrait selon moi en tout cas pas se limiter aux conditions de production mais englober tous les autres aspects (transports divers, emballages, trajet du consommateur vers le magasin qui représente souvent l’essentiel de la pollution, etc.).
Même en cas de labellisation biologique, on ne cerne alors qu’un élément de toute la chaîne de production. Et exiger une labellisation biologique dont le coût devrait être supporté par les producteurs, en plus de celui du label équitable, conduirait à exclure encore plus les plus pauvres. Il faut donc selon moi encourager des partenariats qui couvrent les trois dimensions du développement durable (y compris celle du développement économique des producteurs, souvent négligée), et pas se fixer sur des labels qui ont forcément leurs limites (dont le coût pour les producteurs).
Comment sont transportés les produits issus du commerce équitable ?
En bateau (la plupart) ou par avion (cas des fruits frais et des fleurs coupées par exemple). Puis en camion et/ou en train. Il y a autant de « trajets » que de filières, c'est-à -dire des dizaines de milliers.
« Commerce équitable » et « développement durable » peuvent-ils devenir synonymes ?
Non car le second sera toujours plus large que le premier. Il est important de connaître les liens entre les concepts mais sans tout mélanger.







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