[Interview] Nicolas : salarié de Max Havelaar France
Nicolas est responsable de la communication institutionnelle chez Max Havelaar France. Il analyse les chiffres du commerce équitable et donne quelques pistes pour le futur.
Nicolas, quel est le chiffre qui te paraît le plus important pour présenter le commerce équitable ?
C'est le nombre de producteurs concernés : un million et demi de familles se donnent les moyens de leur propre développement grâce au label Fairtrade / Max Havelaar. C'est un chiffre dont nous sommes fiers, mais il est très faible si on le compare au milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, dont les trois quarts sont des paysans.
Le chiffre d'affaire du commerce équitable ne cesse de croître. Comment expliques-tu cette ascension ? Combien de temps peut-elle durer ?
Cette ascension est due au fait que les consommateurs cherchent à donner du sens à leur consommation. La qualité et le prix d'un produit restent des critères de choix essentiels, mais la qualité sociale et environnementale prend aussi de l'importance, particulièrement dans le contexte de cette crise à plusieurs dimensions que nous vivons.
Notre ambition est que les critères du commerce équitable deviennent la norme et non plus l'exception. Cependant, le commerce équitable est soumis comme tout commerce à la loi du marché, et son changement d'échelle ne se fera pas de lui-même. Pour l'imposer, il nous faut travailler au quotidien afin de convaincre les acteurs économiques et les consommateurs.
Comment expliques-tu le très bon chiffre d'affaire des produits labellisés en Grande Bretagne ?
Il y a sans doute de nombreux paramètres. On peut citer l'existence d'un réseau militant très dense, de bons partenariats avec d'autres ONG de solidarité internationale, la sensibilité du public britannique à ces questions ; l'engagement fort et en cascade d'entreprises comme Sainsbury's ou Cadbury...
Un français dépense en moyenne 5 fois moins d'argent pour des produits équitables qu'un suisse. Comment expliquer cette différence ? Comment augmenter la consommation des français ?
La Suisse est l'autre bon élève du commerce équitable qui est monté en puissance très vite à la fin des années 90. De la même manière, il y a probablement pas mal de paramètres qui peuvent entrer en ligne de compte. On peut aussi avancer une hypothèse culturelle liée à une certaine éthique protestante qui serait moins suspicieuse que dans les pays de tradition catholique à l'égard d'un mariage entre commerce et aide au développement. En tout cas, dans bien des pays, les débats ne sont pas du tout de même nature qu'en France.
Si on veut augmenter la consommation des français, l'un des écueils à dépasser est la logique du don ou de charité. Acheter des produits du commerce équitable n'a rien à voir avec le fait de faire le don d'une somme d'argent à un « pauvre ». Il s'agit d'un échange dans des termes qui satisfont le consommateur et qui permettent à des communautés de producteurs de se développer. C'est dans cet état d'esprit que le commerce équitable pourra devenir un choix de consommation au quotidien.
L'augmentation de la notoriété du commerce équitable se ressent-elle immédiatement sur les ventes ?
Non, et c'est bien le problème. Au début des années 2000, l'objectif de nos actions de communication était de faire connaître le commerce équitable aux Français. Cet objectif ayant été atteint, le marché a pris son envol.
Le commerce équitable touche plus de huit millions de foyers en France, et plus de 600 000 nouveaux foyers ont consommé en 2009 par rapport à 2008. On peut donc dire qu'il se démocratise et touche de plus en plus de gens. Cependant, le budget moyen par foyer et la fréquence d'achat stagnent. Le défi, aujourd'hui, est donc de faire en sorte que le commerce équitable soit un réflexe de consommation au quotidien.
Quels sont les produits les plus vendus ?
C'est toujours le café qui tient le haut du pavé (40% du volume), suivi du cacao (20 %), qu'il soit sous forme de poudre, de tablettes ou de confiseries.
Est-ce qu'un produit issu du commerce équitable a déjà réussi à remplacer complètement un produit conventionnel sur le marché ?
Oui, pour une marque donnée. C'est le cas de tous les expressos de Starbucks à l'échelle européenne, ainsi que, progressivement, pour les glaces Ben & Jerry's.
Peut-on mesurer les progrès du commerce équitable uniquement à son chiffre d'affaire ?
Non bien sûr, car les ventes sont le moyen, et non l'objectif. L'objectif, c'est de générer un maximum de développement pour un maximum de producteurs bénéficiaires dans les pays les plus pauvres de la planète.
La mesure du développement ne peut être que qualitative. C'est pourquoi, avec des experts en agro-économie et des institutions spécialisées, nous menons régulièrement des études d'impact sur des organisations de producteurs. Vous en trouverez les résultats sur notre site ici et là .
Pour aller plus loin :







Commentaires
Publier un nouveau commentaire