Un prix minimum durable

Le prix minimum garanti est une condition nécessaire mais non suffisante au commerce équitable. Il doit couvrir tous les coûts de production et garantir les besoins élémentaires des familles de producteurs. Sa stabilité permet aux producteurs d'investir pour l'avenir.

Dans le commerce conventionnel...

Le prix d'achat des matières premières est fixé à la Bourse. Il fluctue en fonction de l'offre et la demande. Selon la théorie libérale, chaque pays peut alors gagner à l'échange si les prix relatifs des produits mis sur le marché diffèrent d'un pays à l'autre. En d'autres termes, un pays a intérêt à se spécialiser dans la production d'un bien pour lequel il est le plus compétitif1. C'est dans cette logique que les pays du Sud se sont spécialisés dans l'agriculture et les pays du Nord dans les produits manufacturés.

Le problème c'est que les pays du Sud sont alors contraints d'exporter des matières premières agricoles dont les prix n'arrêtent pas de baisser afin d'importer des produits manufacturés dont les prix sont plutôt en augmentation. Par exemple, dans le premier mois de 2001, le prix du café (type arabica C) sur le marché de New York est tombé en dessous des 60 cents par livre, son cours le plus bas depuis plus de 30 ans ! En deux ans, il avait perdu 45% de sa valeur de début 1998 à fin 1999, et à nouveau 13% en 2000. Ce constat est le même pour tous les produits agricoles. En conséquence, les pays du Sud se retrouvent endettés et une spirale négative s'enclenche. On fait le même constat à l'échelle des petits producteurs2.

Comment est calculé le prix minimum garanti ?

Le prix minimum garanti doit d'abord couvrir le coût de production tout en respectant l'environnement. Ensuite, il doit assurer les besoins élémentaires de la famille du producteur : nourriture, hygiène, éducation, santé, etc. Il reste stable si le cours baisse à la bourse mais il augmente avec lui s'il monte. Ainsi, le prix minimum garanti est toujours supérieur au prix de la bourse. Par ailleurs, le prix minimum est calculé au plus juste pour éviter de créer un déséquilibre important avec le voisinage.

Pour déterminer ou réviser un prix minimum, dans le cas du système de certification de Fairtrade International (FLO), les chargés de mission FLO partent avec des agronomes locaux à la rencontre des producteurs et leurs demandent simplement : « Pour vous, une rémunération minimale correcte, c'est quoi ? ». Ensuite, ils étudient dans le détail les composantes du prix : coût des intrants, rendements, main-d'œuvre pour la récolte... S'en suit une procédure de généralisation pour déboucher sur un prix minimum garanti unique pour un produit3.

En réalité, cette procédure de généralisation débouche sur un ou plusieurs scénarios de prix qui sont présentés à toutes les organisations de producteurs certifiées. Les autres acteurs de la filière sont aussi consultés : exportateurs, importateurs, détenteurs de licence, ONG. D'une synthèse de toutes leurs remarques est tirée une proposition unique qui est présentée à l'unité des standards de FLO pour approbation.

Plus qu'un prix d'achat, une relation durable

Les standards commerciaux du commerce équitable4 rappellent que l'un des objectifs du commerce équitable est de créer des partenariats commerciaux durables entre les producteurs et leurs acheteurs pour permettre aux producteurs d'avoir un accès à long terme aux marchés et dans des conditions viables.

La relation à long terme selon Artisanat SEL, association pionnière du commerce équitable depuis 1983.

En particulier, « les acheteurs (y compris ceux qui achètent via les Offices de Commercialisation) doivent soumettre un plan d'approvisionnement à chaque producteur auprès desquels ils comptent acheter, ainsi qu'aux convoyeurs, si applicable Â». Celui-ci doit être renouvelé au moins 3 mois avant le début de chaque récolte5. Il permet aux producteurs d'adapter leur production aux besoins du marché et d'éviter ainsi des pertes inutiles.

Le préfinancement jusqu'à 60% de la valeur du contrat

Sur la question du préfinancement, les standards sont très clairs : « Les producteurs peuvent demander un préfinancement jusqu'à 60% de la valeur du contrat. Les acheteurs se doivent d'apporter le préfinancement demandé. Â» Par contre, les acheteurs sont libres de choisir le type de préfinancement qu'ils préfèrent : prépayé, payement anticipé, crédit de campagne. Le plus souvent, celui-ci s'effectue à un taux d'intérêt relativement faible.

Le préfinancement selon Artisanat SEL, association pionnière du commerce équitable depuis 1983.

Pour les producteurs, l'urgence est de financer l'exportation du produit. Entre le moment où la production est terminée et celui où le client la reçoit et la paie, il faut transformer le produit, affréter un container, l'immobiliser le temps de le remplir au fur et à mesure de la récolte, le convoyer au port... Un préfinancement de deux mois à l'avance permet au producteur (ou à la coopérative) de couvrir ces coûts d'exportation6.

Un autre préfinancement, cinq mois à l'avance celui-ci, peut s'avérer utile pour que le producteur achète les matières premières, les semis, à l'avance. Le risque est alors bien plus important pour l'acheteur. Pour y répondre, les standards prévoient toute une procédure basée sur la notion de prêt à un producteur à « haut risque Â».

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