[Interview] Alter Eco : c'est si bon de changer le monde !

Alter Eco, ce sont près de 150 produits venant de 53 coopératives commercialisés dans les grandes surfaces de 29 pays ! Toutes les 2 secondes quelqu'un achète un produit Alter Eco en France... Pour en savoir plus sur cette entreprise de 48 salariés et sur ses origines, nous sommes allez à la rencontre de Tristan Lecomte, fondateur et PDG d'Alter Eco.

Tristan Lecomte

Tristan Lecomte, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 35 ans, j’ai fondé Alter Eco il y a 11 années, je suis passionné par le commerce équitable, et plus largement les questions de développement et d’environnement. Je veux participer à mon niveau à changer le Monde.

Comment vous est venu l’idée de vous lancer dans le commerce équitable ?

Par ma sœur, engagée dans un mouvement caritatif, elle avait acheté le Réverbère, ancien journal des sans-abris, où il y avait un article sur le Commerce Équitable. C’est donc une chaine de solidarité qui s’est mise en place depuis le début.

Quelles impressions gardez-vous de vos premières expériences en magasin ?

Une très forte expérience humaine, le début de l’aventure entrepreneuriale. On ne vendait pas grand-chose, mais on sentait que l’on répondait à des aspirations fortes des consommateurs.

Comment est né Alter Eco ? Comment l’idée de sa création est-elle apparue ?

Je voulais trouver un sens à ma vie, et un moyen de mettre mes aspirations personnelles en adéquation avec mon activité professionnelle. J’avais monté une association « Solidarité France Népal Â», qui existe toujours, et c’est sur le modèle entrepreneurial et solidaire de cette association que j’ai fondé Alter Eco.

Combien de salariés travaillent à Alter Eco ?

45

Quel type de produits commercialise Alter Eco ?

Cafés, thés, riz, jus de fruits, chocolats, huiles d’olive, cœurs de palmier, sucre, principalement alimentaires mais aussi des produits d’hygiène.

Où peut-on les acheter ?

Dans les grandes surfaces principalement mais aussi dans des petits magasins bio, solidaires, sur internet (notamment www.nosmeilleurescourses.fr) ou via des ventes de réseaux associatifs.

Est-ce qu’Alter Eco exige des critères éthiques de la part des GMS partenaires avant de leur vendre des produits équitables ? Quelle marge prennent-elles ?

La GMS prend en moyenne 25 à 29 % de marge sur nos produits, soit 5 à 10 % de moins que sur les produits classiques, ils acceptent cet effort de marge car nos produits les valorisent. La fixation des prix est libre en France et il est interdit d’imposer un niveau de marge maximum. Certains acteurs équitables prétendent qu’ils limitent la marge de leurs clients mais c’est tout simplement hors la loi et dans les faits ces règles ne sont pas suivies.

Nous faisons cependant un travail permanent de lobbying auprès de ces enseignes pour les engager à augmenter leur espace dédié au commerce équitable mais aussi s’investir plus dans le bio ou prendre en compte l’impact environnemental de leur activité.

Peut-on aussi acheter Alter Eco à l’étranger ?

Oui, nous avons développé deux antennes, aux Etats-Unis et en Australie, nous sommes aussi distribués au Japon et en Belgique.

Est-ce que les produits « Alter Eco Â» coûtent plus cher que des produits issus du commerce conventionnel (non-équitable) ?

Nous sommes moins chers que la plupart des produits bio alors que bons nombre de nos produits sont bio, équitables et compensés CO2, mais en moyenne 10 % plus chers que les produits conventionnels.

A combien de producteurs du Sud environ profitent les ventes ?

En tout 150 000 petits producteurs sont partenaires d’Alter Eco. Le Commerce Équitable permet d’aider plus d’1 millions de producteurs.

Connaissez-vous l’impact de vos ventes pour ces producteurs ?

Oui, très précisément, grâce aux nombreux outils développés par Alter Eco pour réaliser des audits (FTA200, AEDI, FTVR, FTSE) régulièrement auprès de l’ensemble de nos partenaires au Sud. C’est une des grandes forces d’Alter Eco, être la référence dans le domaine de l’audit de Commerce Equitable. A ce titre, nous vous invitons à consulter les multiples rapports d’audit et rapports annuels sur www.altereco.com ou à retrouver sur tous nos produits, l’AlterEcomètre©, qui donne des indications sur la prime reversée aux producteurs et à leurs organisations et la part du prix final qui retourne dans le pays d’origine. Ces outils sont uniques à Alter Eco.

Un ou deux exemples concrets peut-être ?

Nous payons les ingrédients en moyenne 60 % plus cher que le marché mondial, et 40 % de plus que les standards minimum FLO Max Havelaar. Au-delà du prix minimum, nous développons des liens d’amitié avec les organisations partenaires et participons à leurs projets de développement.

Les projets financés sont multiples, école en Ethiopie, transport amélioré au Sri-Lanka, pépinière en Palestine, achat de machines en Afrique du Sud, alphabétisation en Côte d’Ivoire,... les projets sont aussi variés que les organisations qui les portent.

Parmi les producteurs du Sud que vous avez rencontrés, quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?

Tous les petits producteurs sont des modèles de vie, ils sont porteurs d’un message et d’une vision, ils dégagent une grande joie de vivre, malgré les difficultés. J’ai l’occasion de vivre avec eux très régulièrement des moments forts, au sein de leurs organisations mais aussi dans leurs familles.

C’est une relation humaine forte et profonde, dont on ne se lasse jamais. Il y a beaucoup de petits producteurs dont je suis très proche, nous sommes à présent de véritables amis.

Quelles garanties apportez-vous au niveau de l’équité des produits ?

Prix minimum, prime de développement, certification bio et transition vers l’agriculture biologique, évaluation, réduction et compensation carbone des produits. Tous ces éléments sont repris sur les produits (labellisés Max Havelaar, AB et Objectif Zéro Carbone), dans nos documents de communication, livres, rapports annuels,... Nous disposons d’une mine d’information sur toutes les organisations partenaires.

Est-ce qu’Alter Eco s’engage dans d’autres domaines du développement durable ?

Oui, Alter Eco est engagé dans une démarche Intégrale, c'est-à-dire d’intégration progressive de tous les enjeux du Développement Durable, dont le Commerce Equitable, l’Agriculture Biologique, la Compensation Carbone, la Souveraineté Alimentaire et la Biodiversité. Les trois premières démarches sont déjà validées, il nous reste à avancer sur tous les autres plans.

On ne peut pas dire aider l’Homme sans prendre en compte l’ensemble de ces problématiques environnementales qui sont interdépendantes du bien être à long terme des populations.

Alter Eco est membre de la PFCE, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

La PFCE regroupe les acteurs historiques et spécialisés, c’est une plate-forme de discussion et d’orientation du Commerce Équitable. Nous sommes un acteur spécialisé et dédié à cette cause, nous entendons défendre les valeurs du mouvement. Nous sommes aussi membres de la Fédération Internationale du Commerce Équitable (IFAT).

Quelle est votre vision du commerce équitable ? À votre avis, comment va-t-il évoluer ?

Le Commerce Équitable fait déjà tâche d’huile sur l’ensemble des pratiques commerciales. A terme, il va se développer à l’ensemble des échanges, c’est sûr. Peut-être pas avec le même niveau d’exigence , mais il y aura un vrai plus social et environnemental, grâce au modèle que représente le CE.

Vous publiez régulièrement des livres sur le commerce équitable, pourquoi ?

Pour mobiliser les consommateurs et citoyens. Le Commerce Équitable ne se résume pas à la distribution de produits, il faut participer à la prise de conscience collective sur les enjeux tout autant que développer les ventes.

Y a-t-il quelques projets futurs que vous aimeriez évoquer ?

Nous voulons proposer des produits parfaitement durables à terme, le Commerce Équitable est une dynamique globale de développement qui ne se limite pas juste au prix, il faut mieux l’expliquer et encourager des pratiques globales, pour continuer de crédibiliser et pérenniser la démarche.

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