[Interview] Alter Eco Reporters : leur vision du commerce équitable après leur visite
Virginie, 14 ans et Jonathan, 16 ans, ont visité du 29 février au 9 mars les coopératives de café et de cacao de la coopérative Oro Verde en Amazonie péruvienne. Juste avant leur départ, je leur avais posé quelques questions sur le commerce équitable et le Pérou. De retour, ils ont répondu aux même questions... mais leurs réponses ont bien changées !
Peux-tu te présenter en quelques mots ? Est-ce que tu achètes équitable ? Et tes parents ?
Jonathan : Bonjour ! Je m’appelle Jonathan Chaduteau, j’ai 17 ans et je suis étudiant au Lycée Franco-Péruvien de Lima, en classe de première Economique et Sociale. J’ai beaucoup voyagé, grâce au métier de mes parents (Diplomates français), et à leur amour pour l’Amérique Latine. Né au Brésil, j’ai aussi vécu 6 ans en Colombie, et j’attaque ma première année au Pérou ! Je suis quelqu’un d’actif, je m’intéresse au sport et à la musique.
J’ai acheté du chocolat et du café chez Oro Verde, je les trouve délicieux ! En plus, je sais d’où ils viennent. Mes parents ont aussi pu l’apprécier, et je pense en racheter.
Virginie : Bonjour, je suis Virginie Bouyer, j'ai quatorze ans et je suis en troisième au collège Jeanne d'Arc à Saintes en Charente-Maritime. J'aime la nature, écrire, et évidemment le journalisme.
J'ai découvert le commerce équitable il y a quelques années comme je l'avais déjà dit avant de partir. Depuis que j'ai réalisé ce voyage au Pérou, mon envie de promouvoir le commerce équitable s'est renforcée ! Dès que j'entends mes amies se vanter d'avoir acheté telle ou telle chose, je leur demande toujours si elles savent d'où viennent ces produits. Et depuis quelques jours, j'ai remarqué qu'elles se renseignaient un peu plus sur ce qu'elles achetaient et pouvaient souvent me répondre. J'en ai été très heureuse, c'est certes un pas de fourmis sur l'échelle mondiale, mais pour mon école, c'est un pas de géant!
A ton avis, pourquoi Alter Eco t’a « choisi » pour visiter la coopérative Oro Verde ?
Jonathan : A la fin du voyage, on a tous été d’accord pour dire que l’on avait une équipe d’enfer. Je ne pense pas avoir déçu les autres, on a tous beaucoup travaillé pour ce projet. Je crois pouvoir dire qu’ils ont bien choisi, puisque je me suis impliqué, et donné le meilleur de moi-même. J’ai servi de traducteur pendant les interviews, et j’ai aussi bien communiqué avec les personnes rencontrées, d’ailleurs j’ai gardé un contact qui a accepté de m’aider pour mon travail de TPE, en fin d’année de Première.
Virginie : Je pense qu'Alter Eco m'a choisi car mon père est un agriculteur biologique ; il me sera alors plus facile d'établir un lien entre les méthodes d'agriculture péruviennes et françaises, et de les faire partager à ceux qui liront les travaux que Jonathan et moi avons écrits.
En tout cas, j'ai essayé d'inclure dans ma lettre de motivation toutes les raisons pour lesquelles je voulais réaliser ce voyage. Je suis impatiente de commencer à rédiger les articles et ainsi faire partager mon expérience aux lecteurs.
Comment décrirais-tu le commerce équitable ?
Jonathan : Avec un peu de recul, un peu plus de connaissances sur la question, je me demande maintenant pourquoi tout le monde n’agit pas de cette façon. Eric, qui venait acheter du café au nom d’Alter Eco, a visité les communautés de producteurs dans la selva, a répondu à leurs questions, et j’ai senti un vrai lien de respect, voire d’amitié. Pas d’intermédiaires, une valorisation du petit producteur, un contact humain, petits détails qui font que la relation ne soit plus d’exploiteur et d’exploité, mais simplement un échange commercial juste, de gagnant - gagnant.
Virginie : C'est véritablement une promesse entre les producteurs et les commerciaux. Une promesse tenue pour un engagement à long terme, dans des conditions favorables et le respect des valeurs humaines.
C'est un échange bénéfique pour tous, malheureusement pas encore assez développé. Toutefois, si les gens viennent enfin à ouvrir les yeux sur ce qui se passe à l'autre bout du monde, ils adopteront, j'en suis sûre, le commerce équitable comme une valeur juste qu'il faut défendre et pas seulement comme un label sur un quelconque emballage dans un rayon de supermarché.
A ton avis, est-ce qu’il existe un décalage entre la théorie du commerce équitable et la réalité sur le terrain ? Si oui, lequel ? Si non, pourquoi penses-tu cela ?
Jonathan : J’ai été ému à chaque étape du voyage, déjà de voir les gens nous accueillir à bras ouvert, alors que nous sommes pratiquement des inconnus. Toutes les personnes que j’ai rencontrées là -bas nous étaient reconnaissantes, de venir les voir, de répondre à leurs questions. Ils doivent se sentir marginalisés, soumis à des lois qu’ils ne comprennent pas, celles du marché. C’est terrible de voir ça en vrai, et on n’y pense surement pas quand on achète du café et du chocolat. Je crois que la théorie est appliquée sur le terrain, comme je l’ai dit plus haut, la relation est réelle, et c’est une aide très importante pour eux. Ils se sentent un peu moins exploités.
Virginie : Non, après le voyage, je me rends compte que les promesses du commerce équitable sont tenues aussi bien du côté des commerciaux que des producteurs. Je pensais aussi que ce que pensent les agriculteurs pouvait être enjolivé pour ne pas que - s'il existe - leur mécontentement soit rendu public. En fin de compte, non, ils sont heureux de travailler dans ces conditions, et j'en suis bien contente. Que dire de plus à part : « Tout le monde au commerce équitable ! » ?
A ton avis, est-ce important que le café équitable d’Oro Verde soit aussi bio ?
Jonathan : Les agriculteurs de Lamas vivent en symbiose avec la nature. Elle leur donne ce dont ils ont besoin pour vivre, et ce serait absurde pour eux d’y balancer des engrais chimiques. De plus, Oro Verde veut vendre de la qualité, et le bio en fait partie.
Virginie : Maintenant, oui, je me rends compte que c'est important. Les magnifiques paysages du Pérou doivent être protégés ainsi que toute la faune et la flore présente dans ce milieu. De plus, l'achat des pesticides étant plutôt couteux, la coopérative fait quelques économies, bien que les rendements soient un peu moins importants que s'ils avaient été traités.
En tout cas, on peut dire que ce café est de super qualité. Je n'ai jamais vraiment aimé cette boisson, mais c'est la seule marque avec laquelle j'ai pris plaisir à en boire.
Quel évènement dans l’histoire de l’Amérique du Sud te parait le plus important ?
Virginie : J'avais dit avant de partir que ça me semblait être l'arrivée des Espagnols, mais je me suis rendu compte dès le deuxième jour du voyage que c'était tout le contraire ! Nous avons fait une petite visite du cÅ“ur historique de Lima et sommes allés sur la place San MartÃn. Son nom est celui du général José de San MartÃn, qui libéra une bonne partie de l'Amérique du Sud des mains des Espagnols. Lorsque l'on est mal renseigné, les choses peuvent donc vite être tout le contraire de ce qu'elles sont véritablement.
Jonathan : L’arrivée des colons européens sur le continent, a été la grande rupture dans l’histoire de l’Amérique du Sud. Le conflit est encore d’actualité, après exactement 500 ans, car c’est sur cet évènement que réside ce que l’on pourrait considérer comme l’identité Latino-américaine. Si certains revendiquent leurs racines natives, je pense au contraire que nous sommes tous héritiers d’un mélange magnifique de deux cultures, et c’est ce mélange qui fait notre richesse.



















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