[Interview] Ethiquable choisit le label équitable « Tu Simbolo »

Ethiquable avait créé la surprise en 2010 en choisissant le label Ecocert Equitable et non le label Max Havelaar sur trois de ses produits. En 2012, la marque récidive en commercialisant deux produits sous le label « Tu Simbolo », un tout nouveau logo dans le commerce équitable, créé par et pour les petits producteurs. Christophe Eberhart, co-fondateur d’Ethiquable, nous en dit plus.

Symbole des petits producteurs

Pourquoi Ethiquable a choisi le label Tu Simbolo ?

Nous avons choisi d'adopter le label Tu Simbolo, Producteurs Paysans en français, pour répondre à la demande de certains de nos partenaires historiques en Amérique latine, très impliqués dans la mise en oeuvre de ce label. Il nous paraissait important d'appuyer leur initiative. Pour que Tu Simbolo puisse exister il fallait que des entreprises se lancent et prennent le risque de la présenter sur le marché, en espérant que d'autres suivent après. Nous avons été la première marque à lancer un produit avec ce label porté par les producteurs eux-mêmes. Nous espérons que demain d'autres entreprises se lanceront, y compris en France.

Nous faisons le choix de Producteurs Paysans parce que nous pensons que l'agriculture paysanne et leurs organisations sont des voies pertinentes d'un point de vue économique, social et environnemental. Nous privilégions un commerce équitable qui veut appuyer sans ambiguité ces organisations paysannes et qui refuse de les mettre en concurrence avec des plantations agro-industrielles ou des exportateurs qui fonctionnent dans le cadre de l'agriculture de contrat. Le label Producteurs Paysans fait le choix exclusif des petits producteurs organisés. Pour éviter les ambiguïtés, le cahier des charges fait le choix de définir la limite maximum de 15 hectares de surface en production, ce qui a tendance à faire abstraction de certaines disparités entre les systèmes de production, mais qui présente l'avantage d'être un critère précis. L'objectif du cahier des charges de Producteurs Paysans est de sélectionner des organisations de producteurs qui fonctionnent de manière démocratique et transparente, qui sont réellement portées par les paysans et qui s'inscrivent dans une vision large de développement.

Pour nous la force du label Producteurs Paysans est que le cahier des charges appartient aux producteurs eux-mêmes, c'est à dire que les critères sont définis par les producteurs, même si le contrôle est délégué à des organismes accrédités externes. Les prix minimum garantis par exemple sont définis par des commissions par filière de la CLAC (réseau des petits producteurs d'Amérique Latine et des Caraïbes), à partir d'analyse de terrain. Ils sont plus l'expression du point de vue des producteurs que des autres acteurs des filières.

Chez Ethiquable nous faisons le choix de mettre en avant notre démarche de commerce équitable, nos partenariats sur le long terme avec des organisations paysannes (dont certain ont déjà 10 ans), notre travail d'accompagnement des organisations paysannes et nos actions de montage de nouvelles filières. Lorsque nous lançons sur le marché des chips de pomme de terre de couleur du Pérou, par exemple, nous faisons plus qu'acheter un produit à une organisation certifiée par un label de commerce équitable. C'est un long processus qui dure des années, avec interventions de plusieurs partenaires (ONG, dans ce cas AVSF qui reste l'un de nos partenaires privilégiés) qui suppose des investissements, de la formation, la mise en œuvre d'une stratégie commune, etc. L'objectif n'est pas seulement de sortir un produit sur le marché, mais d'enclencher un processus d'autonomisation d'une organisation paysanne qui demain sera force de proposition dans sa région. Derrière chaque produit Ethiquable il y a un projet. Le label est indispensable, mais il n'exprime pas à lui seul toute la richesse du projet qui se cache derrière le produit. Aujourd'hui nous reconnaissons et utilisons trois labels de commerce équitable, mais le plus important est notre marque dont le défi est maintenant de mieux expliquer aux consommateurs ce qu'est le projet que nous soutenons.

Le label Tu Simbolo te semble-t-il fiable ?

Le cahier des charges, c'est à dire les critères, est similaire à celui d'autres labels de commerce équitable, mais sans aucune ambiguïté sur le type d'agriculture ou le type d'organisations. Par ailleurs, la qualité du processus d'analyse, d'échange et de concertation qui permet d'aboutir aux prix minimum garantis, donne lieu à de nouvelles exigences et permet de tirer le commerce équitable vers le haut.

Fundeppo, l'association créée et contrôlée par la CLAC, gère le label. Mais les contrôles de terrain, les audits sont réalisés par des organismes de contrôle, les organismes de certification bio reconnues par l'Union européenne, qui réalisent déjà les audits bio des coopératives. Utiliser les organismes certificateurs qui certifient déjà la partie bio d'une coopérative permet de réaliser des audits à moindre coût. Aujourd'hui 4 certificateurs sont agréés par Fundeppo et permettent de couvrir toute l'Amérique latine (Certimex, Mayacert, Biolatina, BCS).

Le label Tu Simbolo va-t-il être utilisé pour d'autres produits Ethiquable ?

Pour l'instant nous l'avons utilisé pour le café d'Equateur de Fapecafés (un partenaire depuis 2003), le sucre complet du Pérou de Cepicafé (partenaire depuis 2003) et le café du Honduras de Comsa (partenaire depuis 2005). D'autres organisations de producteurs ont rejoint l'initiative de la CLAC et nous demandent aujourd'hui des les appuyer. Nous analysons la situation et il y aura donc probablement d'autres produits par la suite.

Ce choix est-il lié à la scission entre Fairtrade International et Fairtrade USA ?

Pas directement. Notre choix est lié à la volonté d'appuyer l'initiative des producteurs de la CLAC, plus que par la position d'autres labels de commerce équitable. Ceci étant dit, de nombreux acteurs engagés dans le commerce équitable aux USA sont aujourd'hui intéressés par l'initiative de la CLAC car ils ne se reconnaissent pas dans les nouvelles orientations de Fairtrade USA qui tend à intégrer toutes sortes d'acteurs (entreprise d'exportation, plantations, etc.) que les producteurs de la CLAC considèrent justement comme contribuant à une concurrence déloyale dans le commerce équitable.

Fairtrade International a aujourd'hui pour stratégie d'adapter ses critères et ses filières pour réussir un changement d'échelle et intéresser les grandes entreprises pour qu'elles se lancent dans le commerce équitable. Cela n'est pas une mauvaise chose si les exigences restent fortes et si les fondamentaux du commerce équitable ne sont pas sacrifiés. Dans tous les cas, nous pensons que l'entrée en jeux d'un label porté par les producteurs eux-mêmes permet d'élargir les horizons et favorise le débat et la confrontation des points de vue. Le commerce équitable dans son ensemble en sortira grandi.

Commentaires

Les créateurs du label 'Tu SImbolo' ont besoin de votre aide ! Ils vous proposent de signer une pétition pour affirmer que : "je m’engage, aux côtés de mon organisation ou de mon entreprise, à faire tout mon possible, de façon active, pratique et responsable, pour que bientôt le succès de l’initiative du Symbole Producteurs Paysans contribue à assurer un futur prometteur aux petits producteurs, entreprises et consommateurs solidaires du monde."

Voir en ligne : http://salsa3.salsalabs.com/o/2002/p/dia/action/public/?action_KEY=7476

Président de l'association Ekitinfo.
Un nouveau regard sur le commerce équitable

Il n'est pas surprenant qu'éthiquable choisisse le label Ecocert Equitable à partir du moment où l'entreprise souhaite valoriser des produits issus de l'agriculture biologique, ce que ne prend pas en compte Max Havelaar.
Pour le choix d'un nouveau label, il a du sens pour des pays d'Amérique latine où il est connu, mais il est moins pertinent pour des pays comme la France, où les consommateurs sont déjà perdus dans le maquis des labels.

@apidae_audace : Alter Eco qui valorise fortement ses produits biologiques (notamment les chocolats) a choisi d'apposer à la fois le label Max Havelaar et le label AB. Le choix d'Ethiquable, bien que cohérent, n'était donc pas si évident.

Pour le label "Tu Simbolo", si personne ne choisit de l'apposer en France, il ne risque pas d'être connu... Votre raisonnement signifie-t-il que les entreprises françaises doivent choisir uniquement entre Fairtrade/Max Havelaar et Ecocert ?

Président de l'association Ekitinfo.
Un nouveau regard sur le commerce équitable

La multiplication des labels est nuisible à leur notoriété et à la compréhension des consommateurs.

Le label Tu simbolo a une vraie légitimité et une reconnaissance sur son territoire, il serait préférable sans doute que les labels mettent en place des équivalences avec des labels locaux afin de valoriser une démarche certifiée : car l'objectif est bien là, permettre aux entreprises qui font d'importants efforts en matière sociale et environnementale d'être valorisées par rapport à celles qui ne font rien (ou peu).

Imposer un nouveau label est difficile et coûteux, preuve en est pour notre label national Bio Solidaire qui peine à être reconnu.

En l'état, si le déploiement de ce nouveau label n'est pas davantage soutenu par un grand nombre d'entreprises, cette initiative aura été contre-productive en France pour le consommateur et pour Ethiquable.

@apidae_audace

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