[Interview] Les clubs JAM : sois jeune et exprime toi !
Il y a une semaine, je vous présentais le label "Fairtrade School", un label pour l'engagement équitable dans les lycées luxembourgeois. J'ai voulu savoir si ce système existait aussi en France. J'ai donc posé quelques questions à Jean, co-animateur de la commission éducation d'Artisans du Monde.
Jean, peux-tu nous expliquer en quelques mots ce qu'est un club « JAM » ?
Nous sommes souvent sollicités, par exemple suite à nos interventions en milieux scolaires, par des jeunes qui souhaitent s'engager, apporter de leur temps pour le commerce équitable. Artisans du Monde (AdM) se propose depuis 2003 de créer un espace de rencontre, d'éducation et d'animation pour co-développer des projets militants de jeunes. Cela trouve son expression pratique dans les clubs Jeunes Artisans du Monde (JAM). Le besoin d’engagement des jeunes étant une réalité que nous devons prendre en compte et accompagner, mettre en place un club JAM c'est mettre à disposition des outils d'action et de réflexion à des lycéen-nes, dans un environnement qu’ils maitrisent mieux que nous : l'établissement.
Chaque club JAM rassemble des jeunes lycéen-nes, des membres de l’équipe éducative et membres d'Artisans du Monde qui se réunissent régulièrement pour organiser des actions, des débats dans leur lycée ou en dehors pour éduquer et mobiliser d’autres jeunes autour des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. La démarche citoyenne est au cœur du projet, le club JAM l'outil pour la concrétiser. Dans un club JAM, les jeunes font preuve d'autonomie, partagent, échangent leurs expériences, expriment leur créativité sous différentes formes.
Combien de clubs « JAM » existent en France ? Ont-ils été créés à l'initiative des élèves ?
Les clubs JAM sont inspirés des Jeunes Magasins du Monde initiés par Oxfam-Magasins du Monde en Belgique qui est un projet pour les élèves de 14 à 18 ans et les professeurs. Plus de 100 groupes forment le réseau des J’M soit 1500 jeunes et professeurs.
En France, n'ayant pas les mêmes moyens qu'en Belgique sur ce projet, nous n'avons pas réussi encore à obtenir la même dynamique. Nous avons pour l'instant une dizaine de clubs JAM ayant fonctionné lors d'une année scolaire mais qui n’ont pas forcément perduré l'année scolaire suivante. Pour l'année 2010-2011, un JAM s’est lancé à Annecy, un JAM en construction à Metz et un autre en vers Gap. Face à cette situation, nous avons beaucoup travaillé cette année pour renforcer notre travail sur la communication auprès des jeunes lycéen-nes. Je pense que cela portera ses fruits pour l'année scolaire 2011-2012.
Quelles sont les actions organisées par les clubs « JAM » ? Est-ce qu'une action en particulier t'a marqué ?
En moyenne, entre 2 et 6 actions sont menées dans l'année scolaire au sein de l’établissement pour chaque club JAM. Ces actions organisés par les JAMeurs/JAMeuses sont souvent très diverses. Parmi celles qui reviennent régulièrement ou celles qui sont innovantes, nous avons :
> Réalisation d’une pièce de théâtre et représentation dans le lycée.
> Réalisation d'un film et diffusion-débat.
> Mise en place d'un concours de dessin sur le commerce équitable.
> Visites des JAMeurs/JAMeuses à la boutique AdM et rencontres avec les bénévoles.
> Organisation d’exposition au CDI avec les outils pédagogiques d’Artisans du Monde.
> 2 rencontres Inter-JAM organisés :
- Février 2005 : rencontre des JAM de la Région Nord-Pas-de-Calais dans un lycée.
- Mars 2008 : rencontre des 2 JAM accompagnés par AdM Gap-E'changeons le Monde dans un lycée.
> Préparation d'un petit déjeuner, d'un buffet ou d'un repas solidaire à la cantine.
> Rencontres avec des producteurs lors de la Semaine de la Solidarité Internationale ou de la Quinzaine.
> Tenue d'un stand de vente ponctuel ou permanent au sein du lycée : dans un cadre éducatif, il faut veiller à ce que la vente de produits soit bien utilisée comme un outil d'apprentissage et pas comme une finalité. En effet une obligation de neutralité éducative est requise dans l’enseignement.
> Animation d'éducation au commerce équitable dans des classes.
> Mise en place d’une journée ou d’une soirée de sensibilisation avec jeu, dégustation, exposition.
Artisans du Monde propose aux jeunes de vendre des produits équitables dans leur lycée. Ne s’éloigne-t-on pas de la dimension éducative des « JAM » ?
Dans les clubs JAM, les jeunes sont amenés à se former sur le commerce équitable, ils adhèrent au projet associatif d’AdM, et à la Charte des clubs JAM. Les jeunes ont donc principalement une mission d’information, de sensibilisation et d’éducation. Ils peuvent bien entendu développer des formes d’actions libres (sur la base des 3 piliers d’action définis par AdM : vente, éducation, plaidoyer).
Il ne s'agit donc pas de dire aux jeunes « ouvrez un magasin et vendez ! », mais « engagez vous, exprimez vous, en somme comprenez pour agir ! ». De pus, c’est la cohérence d'Artisans du Monde que de présenter un modèle économique alternatif.
Peut-on réellement parler « d'éducation » au commerce équitable ? Ne faudrait-il pas parler de « sensibilisation » plutôt ?
Les citoyens ont besoin d'une éducation au développement, au commerce équitable, etc., pour se forger leur propre opinion et pouvoir argumenter afin d'agir pour un monde plus juste. Éduquer au commerce équitable c'est faire comprendre la mondialisation pour en être acteur, pour la choisir et ne pas la subir. Nous sommes des agitateurs de conscience et donc de citoyenneté. Sensibiliser au commerce équitable, c'est la première étape de ce processus d’éducation, de cette formation du citoyen qui se fait dans le temps.
Le binôme « sensibiliser » / « éduquer » est un tout que nous ne dissocions donc pas mais que nous pratiquons au quotidien.
Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Le slogan des clubs JAM : « Sois jeune et exprime toi ! »
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