[Interview] Machuca - La casa latina
Machuca avait publié le mois dernier un article très complet qui présentait son activité. Intrigué par cette organisation, nous sommes allés interviewer Damien Mayoussier, créateur de La Casa Latina.
Qui est à l’origine de « La casa Latina » ? Comment le projet est-il né ?
L’idée de La Casa Latina est née lorsque je vivais au Chili, à Santiago.
Après une trentaine d’années de répression politique et culturelle sous le régime Pinochet , les Chiliens connaissent aujourd’hui une phase d’explosion artistique, dans tous les domaines, musique, art, artisanat.
C’est une partie de ce mouvement que, Isabelle et moi avons voulu rapporter en France et distribuer dans une boutique originale.
Au début il s’agissait essentiellement d’artisanat, sculptures, masques, bijoux Mapuches, textile ethnique et un peu d’épicerie fine d’Amérique Latine.
Que peut-on découvrir dans votre magasin ? Retrouve-t-on ces articles dans votre boutique en ligne ?
Aujourd’hui nous distribuons principalement notre propre marque textile « Machuca » et du Maté, c’est une boisson énergétique et diététique d’Amérique du Sud qui ressemble un peu au thé vert mais avec beaucoup plus de vertus.
La plus part de ces produits sont disponibles sur notre boutique en ligne : www.lacasalatina.fr
Qu’est ce que « Machuca » ?
Machuca, c’est une marque de vêtements bios équitables que nous avons créée dés le début de l’aventure en 2006, dont le principal objectif est de mieux maîtriser toute la filière de fabrication , du dessin à la distribution, en passant par la confection et le choix des fibres utilisées.
Pourquoi avoir lancé cette marque ?
Dans ma famille, nous avons toujours été extrêmement sensibles à l’environnement, la santé et aux conditions de travail des gens en général, en plus d’avoir la fibre artistique et le goût du voyage. Du coup, tous les éléments ont fait que créer une marque de prêt-à -porter bio équitable devenait une évidence.
Mais Machuca est aussi né d’un constat, beaucoup de marques de vêtements bios restaient encrées dans un créneau assez baba cool . Nous, nous dessinons nos vêtements sans prétention, mais de façon à ce qu’ils collent aux tendances de la mode d’aujourd’hui et de demain.
A combien de producteurs du Sud environ profitent les ventes ? Les avez-vous déjà rencontrés ?
Cet aspect est fondamental, nous avons toujours eu un rapport direct avec nos fournisseurs.
Nous les connaissons personnellement et entretenons des liens très fréquents , la confiance réciproque est le secret d’un travail bien fait, et dans la durée.
Aujourd’hui, environ une centaine de personnes travaillent avec nous, pour la plus part ils sont au Pérou, dans la région d’Arequipa, mais aussi en Argentine dans la région de Cordoba.
Tous peuvent être fiers car ils travaillent dans de bonnes conditions, temps de pause, formations régulières, salaires environ 15% plus élevés, droit de syndicats…
Quand aux producteurs de coton, eux aussi travaillent dans des conditions décentes et d éveloppent une culture 100% biologique , ils n’utilisent ni pesticides, ni insecticides, ni engrais chimiques. Le coton péruvien, avec ses fibres longues, est l’un des meilleurs du monde.
Connaissez vous l’impact de vos ventes pour ces producteurs ?
L’impact est direct, plus de ventes ici, plus de travail pour nos fournisseurs, plus de chances pour eux d’envoyer leurs enfants à l’école, amélioration de leur système de santé… la chaîne est directe et presque instantanée.
Peut-on découvrir vos collections sur d’autres sites ? Dans d’autres magasins que « La casa Latina » ?
Des partenariats sont en train d’être signés, mais je ne peux rien dire pour le moment, nos collections connaissent un gros succès auprès des clients et des distributeurs, elles devraient bientôt être présentes dans une cinquantaine de boutiques spécialisées dés janvier 2009 partout en France et peut être en Suisse.
Aujourd’hui nous travaillons avec 7 boutiques amies dont la liste est disponible sur notre site.
Est-ce que les vêtements équitables « Machuca » coûtent plus cher que des vêtements issus du commerce conventionnel ?
Ça dépend avec quoi on les compare, si on les compare avec des vêtements confectionnés à la chaîne dans des millions d’exemplaires avec du mauvais coton « conventionnel » par des employés sous payés travaillant 60 heures par semaine 6 jours sur 7, oui nos vêtement coûtent un peu plus cher.
Par contre si vous les comparez aux prix des grandes marques, qui font travailler leurs fournisseurs dans ces mêmes conditions, alors non, nous sommes beaucoup moins cher et pour une qualité égale ou supérieure. Tout est une question de marge.
Vous organisez régulièrement des expositions dans votre magasin. Comment les choissez-vous ? Quels thèmes évoquent-elles ?
Nos expos tournent en général autour de deux thèmes, l’Amérique Latine et le bio (ou recyclage et réemploi des déchets), en ce moment nous accueillons « La Glanerie » (www.la-glanerie.org) jusque fin août.
Quelle est votre vision du commerce équitable ? A votre avis, comment va-t-il évoluer ? Plus particulièrement dans le domaine de la mode peut-être ?
Pour nous, le « commerce équitable » ne devrait s’appeler que « commerce » . Ce n’est pas notre commerce qui est équitable, c’est le commerce conventionnel qui ne l’est pas.
Il s’agit d’un problème de fond, grave, d’une nette domination des pays du nord face aux pays du sud.
Chaque citoyen a un rôle important à jouer, en se voilant la face et en acceptant d’acheter des vêtement anormalement bons marcher, on encourage les grands groupes de l’industrie textiles à continuer d’exploiter toute une partie du monde, celle que l’on ne voit pas mais qui existe, de l’autre coté de l’équateur ou parfois aux portes de l’Europe.
Nous ne le répéterons jamais assez :
ACHETEZ MOINS, ACHETEZ MIEUX, TOUT PART DE VOUS !
Quelques projets futurs que vous aimeriez évoquer ?
Des espoirs plutôt, Barack Obama, le renforcement des législations internationales liées au commerce, pouvoir embaucher bientôt…
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