[Invité] Que fait Fair Fashion Vietnam et comment ?

A la demande de Guillaume, je vous livre un descriptif des actions menées par les ONG AFESIP et Alliance Anti Trafic dont Fair Fashion est une résultante et une continuation dans l'aide apportée aux victimes du trafic sexuel des femmes et des enfants en Asie du Sud Est.

Fair Fashion

Tout d'abord, je pense que la première chose dont devrait se soucier tout bon "consom'acteur" (comme dirait l'autre) est :
"A qui profite mon achat ?" et "combien cela rapporte à celui qui l'a produit ?"

Vous savez ceux que l'on vous montre en photo sur presque tout les sites de Commerce Equitable ou sur de grandes affiches dans les salons de l'exploitation du misérabilisme ?

Bien maigre, la peau tannée par le soleil et la fatigue avec un panier dans les bras rempli de grains de café ou autres denrées.

Je vis au Vietnam (comme un vietnamien, pas comme un expat d'une grosse compagnie venu installer un usine délocalisée d'Europe avec pour objectif de tirer les couts de production au maximum) et suis tous les jours au contact des employées de Fair Fashion. Notre structure est dans le centre de Ho Chi Minh Ville et est ouverte au public . L'adresse figure sur notre site internet.

Chez quels vendeurs de produits équitable avez vous la possibilité de vous rendre sur place et de constater par vous même que les employés travaillent réellement dans de bonnes conditions ?

Mais cela fera peut être l'objet d'un autre article.

Venir en aide aux prostituées

Notre ONG a été créé en 1997, sommairement, il y a des équipes (300 personnes) qui sillonnent tous les pays d'Asie du sud (Vietnam Thaïlande, Cambodge, Laos, Malaisie, Singapore), principalement les quartiers "chauds".

L'objectif est de venir en aide aux prostituées sur le plan social, médical et psychologique , mais également de repérer les lieux de prostitution de mineurs et d'enfants. Cela fait, nous usons de nos relations avec les autorités pour faire intervenir les polices . Récemment par exemple, c'est 20 jeunes Laotiennes que nous avons sorti du plafond d'un karaoké en Thaïlande avec l'aide de la police.

Souvent, ces jeunes filles ont été leurrées, vendues par leur famille voir kidnappées puis transférées dans des pays étrangers afin que leur souteneur garde la main mise. Le principal pays "exportateur" est le Vietnam . La "marchandise" y est réputée de meilleure qualité car plus blanche et culturellement propre. Cependant, notre notoriété grandissante en Asie et le fait que nous passions régulièrement sur les chaines de télévision vietnamiennes nous permet aujourd'hui de pouvoir mettre en garde les familles du pays.

C'est plus de 2.4 millions de personnes par an qui sont ainsi trafiquées dans le monde. Le marché est estimé à 24 milliards de $.

Bien souvent les victimes ne se rappellent même plus où elles habitaient

Notre action continue également à ce niveau, nous nous chargeons de toutes les démarches de rapatriation des victimes vers leurs pays d'origine en intervenant auprès des gouvernements et des ambassades ainsi que des transports par avion pour le retour. Nous effectuons également toutes les recherches d'identité, actes de naissance, ... ce qui est souvent très compliqué car bien souvent les victimes ne se rappellent même plus où elles habitaient (il est fréquent que le viol mène à une perte totale de l'esprit, et elle ne l'ont pas été qu'une fois. Sans parler des tortures).

Réintégrer directement une personne dans son village ou sa famille est quasiment impossible et comporte de grands risques de rejet par sa communauté et de retrafic. Nous avons donc monté des centres de réhabilitation au Vietnam, Cambodge, Laos et utilisons ceux du gouvernement en Thaïlande. Dans ces foyers, nous menons diverses actions afin de redonner confiance aux victimes, qu'elles prennent conscience qu'elles sont des victimes et non pas des criminelles . Nous leur apportons éducation et impliquons leur famille en vue d'un retour dans leur milieu d'origine si-possible. Nous leur proposons également plus de 200 métiers pour lesquels nous prenons en charge tous les couts de la formation. Ensuite, nous leur trouvons un emploi (non exploité) ou les aidons à créer leur micro entreprise. Nous les suivons ensuite une période minimale de 3 ans si l'objectif de réintégration est atteint.

Aujourd'hui, notre travail est reconnu pour être la référence en matière de lutte contre le trafic par les gouvernements Vietnamiens, Laotiens, Thaïlandais, Malaisiens. Non seulement sur les conséquences, mais également sur les causes.

Fair Fashion

Les jeunes filles des centres de réhabilitation qui choisissent de s'orienter vers la couture ou la broderie sont formées à Fair Fashion par Nghi qui est une professionnelle de la couture et de la coupe. Les femmes qui ont suivi sa formation n'ont pas de problèmes à trouver un travail chez des tailleurs réputés. Seules les plus fragiles psychologiquement restent. Celles qui travaillent à l'extérieur en cas de problème avec leur employeur savent qu'elles peuvent revenir ici quand elles veulent.

Ici elles sont rémunérées prés du triple du salaire local, travaillent 44 heures par semaine (au lieu de 70), ont 4 semaines de congés payés (au lieu d'une) et un 13éme mois ainsi qu'une couverture sociale. On est très loin de la chine.

La qualité que nous produisons au Vietnam est parfaite, voir même jugée exceptionnelle par certains professionnels. Chaque tissu est préalablement testé avant sa mise en œuvre. Tout est entièrement réalisé à la main et contrôlé avant expédition, rien n'est automatisé ce qui nous permet une grande souplesse en terme quantitatif et la réalisation des vêtements sur mesures ou à la carte mais aussi des prototypes pour des créateurs. Nous travaillons principalement la soie, le lin et le linin mais beaucoup d'autres matières sont disponibles .
Nous commercialisons aussi des articles de prêt à porter enfants, femmes et hommes, ainsi que des accessoires tels que sacs à main, sacoches, porte-feuilles, ...

Vous comprendrez que notre action va bien plus loin que de simplement bien rémunérer le travail.

Nous sommes régulièrement audités par nos donateurs, notamment par le Ministère des Affaires Etrangéres Espagnol AECI, ANESVAD, MANOS UNIDAS et travaillons en partenariat avec l'Union des Femmes Vietnamiennes qui valide toute notre comptabilité apurés de Comptables agréés par le Ministère des Finances Vietnamien. Nous recevons également régulièrement Ambassadeurs et Consuls du monde entier et bon nombre de personnalités. En 2007, 354 touristes qui nous ont connu d'une manière ou d'une autre ont été également accueillis .

Pour le commerce équitable, nous ne sommes pas reconnus

Pour le commerce équitable, nous ne sommes pas reconnus et de toutes façons pensons que tel qu'il est aujourd'hui, ce n'est pas une nécessité (même si nous sommes certifiés et que même eux ne le savent pas).

Certes, il se porte bien et l'évolution du marché grimpe en flèche (grâce aux grandes surfaces qui ne sont pas forcément des modèles sociaux), mais seul une marque, ou label, on sait plus trop, génère cet engouement grâce à ses orientations tous azimuts, son marketing (que vous payez) et votre éducation de consom'acteur souvent faite par des bénévoles.

Cela ne ressemble t'il pas au fonctionnement de grandes multinationales (sans bénévoles ni subventions de l'état) tout en faisant appel à votre bon cœur ?

Toujours est il qu'ils évitent et écartent des structures comme la nôtre car nous n'acceptons pas qu'ils vendent nos produits avec des coefficients tels que pratiqués aujourd'hui. En plus une ONG ça parle !

Malgré tout, ne serait ce que 2% qui parvienne réellement aux exploités du Sud, c'est toujours ça de gagné ! Mais on peut encore beaucoup mieux faire.

Pour avoir la suite et que je reprenne du temps à écrire une telle tartine, il va quand même falloir réagir un peu. Vous aurez compris, je le pense, que je ne suis pas convaincu de l'impact du CE, car il y a une grande différence entre vous, eux et moi.

Vous, vous l'achetez, eux vous le vende et moi j'ai essayé de leur vendre ou du moins qu'ils ne m'empêchent pas de le vendre à d'autres ! Et là, ils ne sont pas si chouettes que ça ! Serait ce un monopole ?

Marc Blanchard
Responsable bénévole du Développement Fair Fashion

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