La délégation Artisans du Monde au Forum Social Mondial de Dakar répond aux questions des Ekinautes !
Il y a quinze jours je n'ai pas pu intervenir en direct pendant l'atelier sur le commerce équitable Sud-Sud au Forum Social Mondial de Dakar suite à des problèmes technique sur place. J'ai donc transmis les questions des Ekinautes à la délégation Artisans du Monde qui était à Dakar pour coordonner l'atelier. Découvrez enfin toutes les réponses à vos questions !
Que pense Artisans du Monde du mouvement du micro commerce équitable ? (Equitable-Didier)
Le sujet n'a pas été abordé en tant que tel par la délégation et le séminaire. Artisans du Monde n'a pas de position officielle car nous n'en n'avons pas traité en tant que telle. Sans vouloir froisser qui que ce soit, la démarche est assez nouvelle. En tant que salarié de la Fédération Artisans du Monde (FadM), je me suis penché sur la question et vous livre ici mon point de vue, rien de plus.
David (FadM) : Elle s'inscrit dans une logique particulière qui a son intérêt mais qui reste limité en terme d'impact. La difficulté pour tout acteur de commerce équitable est de trouver le juste équilibre entre des filières trop grandes qui perdent de leur « aspect humain » et des filières trop petites qui sont confidentielles. Il s'agit à chaque acteur de réaliser les filières en fonction de ses valeurs et de ses objectifs propres (commercial, solidaire, politique,...). Sur le fond, on ne peut pas être opposé à cette démarche éthique et exigeante. Sur la forme, à quoi répond-elle ? Qui va-t-elle toucher ?
Dernière remarque : il faut aussi selon moi faire attention aux visions simplificatrices (qui ont parfois des raisons d'être, j'en conviens !) du « Small is beautiful » et de son pendant « Big is ugly !!! ». Dans certaines « grosses » filières, l'intervention de structures importantes* permet de toucher des populations très marginalisées. En effet, ces structures ont les capacités techniques, humaines et financières d'appuyer beaucoup plus efficacement sur place ces populations qui ne pourraient, dans le cadre de micro filière être suffisamment organisées pour répondre aux exigences actuelles du commerce équitable (car oui, nous organisations, consommateurs sommes de plus en plus exigeants pour des structures qui n'ont parfois pas les capacités de répondre à ces exigences).
A Artisans du Monde, nous travaillons avec des structures qui sont majoritairement petite et moyennes sauf quelques exceptions en alimentaire et en artisanat en Inde. Les échelles restent cependant éloignées des multinationales !!! Nous avons construit et conduisons une politique de partenariat qui vise à équilibrer notre action sur ces différentes échelles pour poursuivre des partenariats avec de très petites organisations (et toutes les difficultés que cela comportent) et des organisations plus grosses qui nous permettent d'offrir des produits de qualité, renouvelés, ... Bien évidemment, en limitant le travail sur quelques filières on pourrait palier à cet écueil mais on limiterait ainsi grandement la portée de l'action à quelques filières.
* lorsqu'ils restent des acteurs de commerce équitable et je ne parle évidemment pas des systèmes de plantations, que nous ne soutenons pas. Remarque : nous travaillons pour trouver des alternatives à nos filières actuelles en Inde et au Sri Lanka qui s'apparentent à ces systèmes de plantations mêmes si elles restent différentes sur le fond.
Quel rôle peuvent jouer les organisations du Nord dans le commerce équitable Sud-Sud ? (Ekitinfo)
Nous sommes là pour fournir des outils ou bien un éventuel soutien technique. On a bien vu pendant ces deux jours de séminaire et pendant l'atelier que les organisations du Sud sont très organisées pour inventer le commerce équitable sud sud, bien plus que nous sur le nord nord ! Ce serait d'ailleurs assez révolutionnaire que nous, organisations du nord, nourrissions nos débat sur le commerce équitable nord nord avec les initiatives du Sud.
L'Amérique Latine est très avancée sur la question du sud/sud. Ils sont très organisés dans des réseaux et des plateformes, ils ont fait passé leurs plaidoyers auprès des politiques publiques, en faveur de l'économie solidaire, du commerce équitable, ils ont obtenu des lois en faveurs de leurs structures. Ils ont crée des certifications participatives et adaptées, puisque celles qui existent déjà sont difficilement adaptables aux problématiques du Sud.
Les organisations Latinos ont donc porté leur témoignages devant les oreilles grandes ouvertes des organisations d'Afrique, qui elles, malheureusement, ne bénéficient pas de soutien gouvernemental. L'Afrique manque crucialement de moyens, d'infrastructure pour permettre de rattraper l'Amérique Latine.
Aux participants du Guatemala et leurs partenaires européens : souhaitez-vous recevoir les propositions que j'ai faites en 2005 au Ministère de l’Économie et au PNUD, non publiées, qui concernent notamment la faisabilité d'un commerce équitable inter-régional en Amérique centrale ? (Pierre Johnson)
Bonjour Pierre. Oui je pense ! Tous les partenaires d'Amérique Latine ont écrit une lettre de demandes à l'issue du séminaire. Ce serait peut-être pertinent de l'envoyer à Faces do Brasil, réseau d'économie solidaire.
A tous les participants : Que pouvez-vous dire de la dimension politique du commerce équitable Sud-Sud ? Au niveau national ? Au niveau régional ? Ce type de commerce ne doit-il pas pointer les limites des politiques économiques nationales et régionales, et proposer des mesures alternatives ?
Ne faudrait-il pas adopter une terminologie plus précise :
- Commerce équitable domestique : producteurs et consommateurs d'un même pays (similaire au Sud à ce qu'on appelle commerce équitable Nord-Nord pour les pays du Nord).
- Commerce équitable régional, permettant de créer des liens de solidarité entre pays voisins (par exemple entre producteurs et consommateurs d'Amérique Centrale, ou d'Afrique de l'Ouest), là où les accords d'intégration régionale n'ont pas montré leur efficacité sociale.
- Commerce équitable inter-régional, entre producteurs et consommateurs de pays du Sud très éloignés les uns des autres, par exemple d'Amérique latine et d'Afrique de l'Ouest.
(Pierre Johnson)
De fait, c'est effectivement cette segmentation qui a rythmé nos échanges. Bien conscients du décalage entre les initiatives, africaines, indiennes et sud-américaines, nous avons parlé de trois niveaux de commerce sud sud : local, sous-régional et international.
Nous avions d'ailleurs des représentants d'organisations qui ont déjà travaillé en ce sens :
- Roopa de Sasha Exports (Inde) : commercialise dans des boutiques de commerce équitable en Inde, des produits africains d'artisanat.
- En construction grâce à l'organisation Enda Afrique : des échanges entre producteurs de coton du Burkina, Mali, Sénégal, Ghana pour une optimisation des couts de production (culture/égrenage/filature/tissage/teinture et confection)
- les brésilien de Coopealnor ont réussi à faire intégré dans les politiques publiques l'obligation pour les cantines scolaires de se fournir en oranges bio-local/équitables.
Nous avons préféré travailler à partir des filières (alimentaires/cosmétiques, artisanat, textile) qui présentent également des problématiques différentes. Mais globalement, nous avons identifié les mêmes défis pour avancer sur le commerce équitable Sud sud :
Politique
1/ nécessité d'accompagner les citoyens-consommateurs au sud (sensibilisation/éducation)
2/ des actions fortes de plaidoyer auprès des gouvernements pour promouvoir les initiatives.
Commercial
3/ création de valeur dans la chaine commerciale
4/ travail en filières intégrées (y compris la transformation)
5/ accès au marché
Structurel
6/ accès aux financements
7/ infrastructure et logistique (routes, eau, électricité)
8/ création de réseaux/plateformes






















Commentaires
Merci pour ce retour sur l'atelier de Dakar.
@Soléco : de rien. Vous trouverez plus d'informations sur le site internet d'Artisans du Monde.
Président de l'association Ekitinfo.
Ensemble, comprenons le commerce équitable !
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