L'année 2010 n'a pas été favorable au commerce équitable
Le rapport moral des associations est souvent ennuyeux et conventionnel. En général, c'est un document impersonnel qui ne fait que retracer les grands évènements de l'année et dresse un bilan financier incompréhensible. Du côté de l'association de promotion du commerce équitable Var équitable on procède un peu différemment visiblement. Le rapport moral de l'association, dont je vous propose un extrait, évoque notamment le contexte difficile pour le commerce équitable.
Un contexte général défavorable
Commençons tout d'abord par noter que, sur un plan général, l'année 2010 n'a pas été favorable au commerce équitable : certes, avec1,5 million de petits producteurs impliqués et 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le monde, le commerce équitable est désormais bien installé, mais dans le contexte général de crise économique que nous connaissons, les consommateurs sont souvent amenés à faire des arbitrages entre leurs différentes formes d'achats responsables, et les produits issus du commerce équitable subissent notamment la concurrence des produits bio d'une part, des produits locaux d'autre part.
De ce fait, si les ventes de produits équitables ont continué de progresser, elles l'ont fait à un rythme bien moindre qu'au cours des années passées : c'est ainsi qu'en France, ces ventes ne se sont accrues que de 5% en 2010 contre 13% en 2009.
Notons par ailleurs que, de façon à première vue paradoxale, la récente hausse spectaculaire des prix des matières premières agricoles sur les marchés boursiers ne fait pas le bonheur des petits producteurs des pays du Sud. Ceux-ci sont dans une position de plus en plus fragile pour négocier les prix de leurs produits : l'augmentation du coût des intrants, de la nourriture, de l'énergie, crée un besoin constant de liquidités. Les "coyotes", ainsi qu'on appelle les démarcheurs des grands groupes transnationaux, sont réapparus et proposent des prix alléchants qu'ils règlent cash et sans avoir les mêmes exigences de qualité que les acheteurs de la filière équitable.
Dans ce contexte, de nombreuses coopératives de commerce équitable sont déstabilisées et ont du mal à récupérer la récolte de leurs membres et à honorer les commandes de leurs acheteurs.
Il est donc urgent d'agir pour demander une régulation juste et responsable du commerce. Et l'un des effets positifs de la crise est précisément qu'elle amène à poser les bonnes questions et peut-être à provoquer les bonnes réponses : c'est ainsi que les dirigeants du G20, après avoir pendant des années prôné la libéralisation des marchés à tout prix, reconnaissent aujourd'hui, enfin, la nécessité de réguler les prix des matières premières agricoles. Et certains n'hésitent pas à leur suggérer de s'inspirer de l'exemple du commerce équitable, alternative portée par des objectifs forts de justice et de développement et constituant une solution économique concrète, un réel échange, vertueux économiquement et éthiquement entre producteurs du Sud et consommateurs du Nord. La présidence française du G20 agricole, qui va se tenir à la fin du mois de juin à Paris, a promis de mettre le sujet sur la table et d'avancer plusieurs propositions concrètes.
Le G20 peut effectivement impulser cette dynamique nouvelle pour redonner aux producteurs la place digne et reconnue qu'ils méritent dans les échanges commerciaux.
Yves de KERMEL , Président de Var équitable
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