Le commerce équitable est-il menacé ?
La flambée des cours des matières premières agricoles fragilise fortement les filières de commerce équitable, d’après Le Figaro. Pourquoi ? Quels exemples avons-nous ? Le constat est-il si alarmant ? Pour répondre à ces questions, nous reprendrons l’article du Figaro, nous explorerons le rapport annuel 2007 de Max Havelaar, et nous nous intéresserons à quelques propos de Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco.
L’exemple du café
Dans son article du 21 juin, Le Figaro est allé interviewer un petit producteur de café qui vit dans les montagnes de l'isthme de Tehuantepec (dans l’état du Chiapas) : Adelaido Bailon Faustino.
Celui-ci fait parti de la coopérative Uciri qui commercialise son café dans une filière de commerce équitable via Max Havelaar depuis 1988.
A l’époque, Max Havelaar achetait le café 141 dollars le quintal (dont 5 dollars d’action social) alors que les cours s’effondraient, atteignant 70 dollars le quintal. Vendre dans la filière équitable rapportait alors deux fois plus (et cela jusqu’en 2005 environ).
Cependant, Adelaido Bailon Faustino nous explique que désormais « Comme les cours mondiaux du café sont très hauts, [les acheteurs indépendants de café] offrent des prix supérieurs à ceux de la coopérative ; ils proposent aussi d'échanger le café contre du ciment ou des tôles pour le toit. Alors, les gens vendent leur production. Il ne reste plus rien pour la coopérative ! »
Et c’est le même constat qui est dressé par Christophe Eberhart, cofondateur d'Ethiquable. « Aujourd'hui, il y a toujours une prime payée par le commerce équitable, mais la différence s'est réduite. Or produire équitable impose des exigences de qualité en plus, c'est-à -dire plus de travail : certains producteurs sont donc ponctuellement tentés d'écouler leurs marchandises à des acheteurs traditionnels ».
Face a ces problèmes, FLO a décidé, en concertation avec l’ensemble des acteurs (producteurs et importateurs) d’ augmenter la prime de développement de 5 centimes et le prix minimum garanti d’autant. Le quintal d’Arabica ne sera donc jamais acheté au producteur moins de 165 dollars.
De plus, pour Valentin Chinchay, producteur en équateur « Le plus important, c'est que ce plancher [(le prix minimum garanti)] nous garantit une stabilité . Nous sommes bien moins vulnérables à la volatilité du marché ». Et cela semble effectivement être un critère majeur lorsque l’on observe la courbe d’évolution du café sur plusieurs années qui apparaît alors très volatile.
Le riz, une hausse des prix qui n’a pas profité aux producteurs
Le 18 août dernier, dans un cours billet, Tristan Lecomte nous expliquait que la hausse des prix du riz n’avait pas profité aux petits producteurs. Il se base pour cela sur ce qu’il a pu voir à Surin, principale région productrice de riz Thai.
En effet, la hausse du prix du riz s’est produite en avril dernier, alors que la récolte a eu lieu en décembre. Or, le riz a été vendu aux différents acheteurs indépendants pratiquement aussitôt puisque la dernière rentrée d’argent remontait en général à la dernière récolte (soit un an en arrière).
Ainsi, comme nous l’explique Tristan Lecomte, « ce sont avant tout les traders et spéculateurs qui récupèrent le surplus de marge […] ainsi que le gros producteurs qui n avaient pas à vendre leur production immédiatement... ».
Du côté du riz, la démarche de commerce équitable apparaît donc toujours nécessaire et profitable pour l’instant. Mais cela sera-t-il toujours vrai l’année prochaine, maintenant que la hausse est avérée ?
Le commerce équitable, condamné ou non ?
D’un point de vue purement financier, et en vue de ce qu’on peut lire dans Le Figaro, le commerce équitable semble effectivement rencontrer des difficultés majeures.
Ainsi, d’après Joaquin Munoz, directeur général de Max Havelaar France, « on constate un essoufflement des ventes dans les grandes surfaces ».
De plus, la hausse du coût des matières premières oblige les différentes sociétés de commerce équitable à revoir à la hausse leurs prix, comme l’a fait Ethiquable l’année dernière en les augmentant de 3%.
Et cela alors que le commerce équitable représente toujours moins de 0,1% du commerce mondial et à peine 0,2% des ventes des centres E.Leclerc, pourtant leaders dans le domaine.
Par ailleurs, un problème plus grave est souligné par Le Figaro via le constat d’Isaias Martinez, producteur de café qui est très critiques vis-à -vis de FLO et de Max havelaar.
« Il a fallu négocier au Mexique, au Nicaragua, au Pérou, pour obtenir, l'année dernière seulement, de pouvoir monter les prix à 156 dollars »
Si bien qu’il considère que « les petits producteurs doivent s'unir sur tous les continents pour peser face à Flo et à Max Havelaar, quitte à créer un jour notre label alternatif. Mais, pour l'instant, on ne peut pas se passer d'eux. »
Cependant, Tristan Lecomte dresse lui une tout autre esquisse via l’exemple du riz. En effet, les coopératives de commerce équitable qui avaient du riz en stock après l’envolée des prix ont « préférées honorer leurs contrats aux prix du commerce équitable plutôt que de profiter de cette hausse pour spéculer ».
Le commerce équitable reste donc avant tout une vision humaniste basée sur une relation durable, finalement assez éloignée du profit. Enfin, parfois...







