Le label des petits producteurs
Depuis peu, le label de commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar n'est plus uniquement réservé aux petits producteurs. En réaction, la Coordination Latino-américaine et Caribéenne des Petits Producteurs de Commerce Équitable (CLAC) a créé son propre label, réservé aux petits producteurs. Quel avenir pour ce "Symbole des Petits Producteurs" ?
Pourquoi un nouveau label ?
Il existe déjà une bonne dizaine de système de garantie différents pour le commerce équitable. Pourquoi en inventer un nouveau ? Selon le Trade for Development Centre, cette initiative est née en réaction à Fairtrade International (organisation internationale de certification pour le commerce équitable), qui ne réserve plus exclusivement son label Fairtrade/Max havelaar aux petits producteurs. La Coordination nationale du commerce équitable au Pérou (CNCJ) a ainsi expliqué : « FLO, l'organisation internationale qui certifie le commerce équitable dans le monde, a permis l'entrée de grands opérateurs commerciaux, au détriment des petits producteurs ».
Ce nouveau label est conçu pour être plus accessible financièrement que les autres systèmes de garantie. A titre d'exemple, dans le cas d'une procédure rapide (évaluation documentaire), une organisation comptant de 250 à 500 producteurs paiera 250 euros. Dans le cas d'une procédure longue (une évaluation documentaire couplée à une évaluation de terrain) il faut ajouter 120 USD/jour. A titre de comparaison, a taille égale, une organisation de producteurs paiera plus de 2400 euros pour le label Fairtrade/Max Havelaar (source).
De plus, ce label favorise l'accès à la fois aux marchés du "Nord" et du "Sud". En se dotant de ce "Symbole des Petits Producteurs", les organisations de petits producteurs souhaitent se positionner sur les marchés par rapport à la qualité et aux valeurs uniques de leurs produits et de leur travail.
Les critères de base de ce Symbole
Les critères de base sont indiqués dans le Cahier des Normes Générales. Ils ont été établis par les représentants d'organisations de petits producteurs eux-même. Pour cela ils ont créé l'organisation FUNDEPPO (la Fondation des Petits Producteurs Organisés), basée aujourd'hui dans la ville de Mexico, afin de s'assurer que le Symbole bénéficie réellement aux petits producteurs et à leurs communautés. Le fait que ce label ait été établi au "Sud" et non au "Nord" garantit-il une meilleure prise en compte des intérêts des petits producteurs ?
3 critères de base peuvent être retenus :
- les organisations de petits producteurs fonctionnent sur une base démocratique, transparente et dans le respect l'environnement,
- elles doivent couvrir les coûts d'une production durable, respectueuse de l'environnement, et reconnaitre le travail des petits producteurs qui souhaitent donner une vigne digne de leurs familles,
- l'ensemble des intervenants de la filière (producteurs, acheteurs) doivent promouvoir l'économie locale, en essayant de générer une valeur ajoutée pour les producteurs et leurs collectivités.
Quel avenir pour le Symbole des Petits Producteurs
Pour Arnaud Deharte, Conseiller en communication à la Commission inter-institutionnelle du commerce équitable (au Guatemala), « ce Symbole possède un grand potentiel dans les pays en voie de développement et [...] pourrait constituer un précieux et sérieux appui pour les petits producteurs marginalisés de cette planète ». Je ne sais pas si il a raison, mais on se souvient que le label Max Havelaar (1er label de commerce équitable dans le monde) trouve lui aussi ses origines en Amérique du Sud, au Mexique...
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Commentaires
Difficile d'être simplement pour ou simplement contre !
Du côté des moins : le risque d'un label "invisible" parmi toutes les certifications existant déjà sur le marché. Du côté des plus : les consommateurs vont pouvoir choisir à qui ils apportent leur soutien, ici, à des petits producteurs plutôt qu'à des grands groupes.
Sur ce dernier point, qu'en pense Ekitinfo ? Est-ce vraiment négatif qu'un label puisse s'appliquer à des producteurs indépendants ET à de grands groupes industriels ? Faut il écarter ces grands groupes du commerce équitable ? Les marques internationales ont une réelle influence sur les comportements des consommateurs, on aurait peut-être plus à gagner à les intégrer à cette démarche pour qu'elles en fasse la "pub" plutôt qu'à les en éloigner ...
@Mia : il existe, à mon avis, une grande différence entre du commerce équitable pour les petits producteurs et du commerce équitable pour les plantations (ce que tu appelles les grands groupes industriels). En effet, ce n'est pas la même chose d'importer du thé produit par une entreprise de taille importante qui a tout le savoir faire et l'expérience pour exporter son produit et de l'importer d'un groupe de 30 producteurs, perdu au fin fonds de l'Inde sans aucune connaissance des mécanismes de base du commerce international.
Pour ma part, je préfère que le commerce équitable aide les 30 producteurs, mais il est vrai que pour que le commerce équitable se développe, il faudra probablement passer un jour ou l'autre par les grands groupes.
Plus largement, on peut considérer que le coût de la certification par Max Havelaar va empêcher l'accès au marché à certains producteurs qui ne seront pas en moyen de payer une telle somme. D'ailleurs le même problème se pose pour le label AB. Sur ce point, je trouve très intéressant que le Symbole des Petits Producteurs soit plus accessible. Mais cela pose d'autres questions : comment les coûts ont été réduits ? est-ce que cela signifie une certification au rabais ?
Président de l'association Ekitinfo.
Ensemble, comprenons le commerce équitable !
C'est vrai qu'on peut considérer que les petits producteurs ont un plus grand besoin d'être certifiés (et donc aidés) que les grands groupes (ou plantations, comme tu dis).
Cela dit, j'imagine (et j'espère !) que l'aide apportée par l'organisme certificateur n'est pas la même pour un petit producteur et pour un grand groupe.
En ce qui concerne le prix, c'est évidemment une des plus grosses difficultés dans la démarche de certification ... Je me demande si Max Havelaar et AB ne profitent pas de l'engouement pour les produits bio et commerce équitable pour se remplir les poches ... Ce serait affreux mais c'est malheureusement possible.
J'aimerais bien moi aussi savoir comment les coûts de ce nouveau label ont été réduits !
Merci pour ta réponse en tout cas :)
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