[Pérou] L'atelier d'Emilio Fernandes à Magdalena : tissage
Nous avons continué notre voyage dans le Lima Equitable, et nous sommes allés non loin de là , à la rencontre d’Emilio Fernandes. Emilio, a rejoint le CIAP il y a 9, via ICHIMAY WARI. Ma première question a donc été de savoir si cela avait eu un impact pour lui. Sa réponse du tac au tac m’a surpris : « Énormément oui ! » !
Emilio a pris le temps de m’expliquer la création du regroupement. En fait, il y avait à l’origine à Lurin, ville de ce district comptant quelques milliers d’âmes, une vingtaine d’artisans. Vingtaine qui s’est réunit en association.
Pourquoi se réunir ?
A l’époque, les grandes entreprises nationales et internationales venaient leur acheter leurs produits, parfois pour des commandes spéciales en Europe, et parfois ailleurs. Au début cela leur est apparu comme de véritables opportunités commerciales, mais très vite la situation a dégénéré, et ils se sont retrouvés rapidement exploités, incapables de gagner assez pour vivre dignement.
A titre d’exemple, une petite poterie, ou une petite toile tissée vendue généralement aux alentours de 5 à 10 soles aujourd’hui (1 à 2.5 euros) était vendue sans négociation possible 2 soles, et parfois rien (les acheteurs abusent souvent de soit disant problèmes de qualités pour se faire rembourser, on les connait bien...)
Il fallait donc créer une union pour être fort ! Emilio fut partant, et ensemble des artisans textiles, des artisans spécialistes en poterie ou en céramique ont pris ce pari de pouvoir tout vendre conjointement et de se faire respecter sur les marchés où ils étaient présents.
Ce n’est qu’à ce moment là qu’ils ont réalisé, qu’un nouveau marché s’ouvrait à eux également : l’équitable.
Aujourd’hui, 80% des produits de cette organisation sont vendus au CIAP, et par ce biais vous pouvez les retrouver en France chez Artisans du Monde, Oxfam en Belgique ou encore chez Dix Mille Villages au Canada (Then Thousand village aux USA et dans le Canada anglophone).
Grâce à cette implication, il peut aller présenter ses produits à des foires, ce qui est un avantage énorme pour lui, puisqu’il peut ainsi voyager un peu, et augmenter les contacts avec ses clients.
290 dollars mensuels par personne
C’est donc en partie grâce au CIAP que chaque année, Emilio et Magdalena sa compagne, vendent environ 3.000 dollars de produits textiles, et 4000 dollars de rétablos ou de poteries en Quinua. Ce qui nous fait la formidable somme de 290 dollars mensuels par personne… Et si Emilio en enlève les frais qu’il a (location de sa maison, nourriture, éducation des enfants, matériels, tissu, etc.) on arriverait très vite à des sommes encore plus basses.
Mais l’Equitable semble marcher tout de même, puisque le revenu minimum au Pérou est de 220 dollars mensuel… on approche on approche.
Il est vrai que l’éducation de ses 2 enfants, de 16 et 22 ans, complexifie son budget, mais il m’avoue qu’« il faut bien qu’ils aillent à l’universités pour les sortir de là où on est ! »...
J’ai appris ensuite, que ce couple assez fantastique, avait une histoire similaire à de nombreux autres artisans du coin. Une histoire de migration… Et cela répondait à une question que je me posais depuis longtemps : « pourquoi faire ça ici, que ça soit le Quinua, le tissage ou autre »… J’ai appris qu’ils ont été déplacés toujours à la même époque (dans les années 70-80 (celle du sentier lumineux notamment)… D’ailleurs, cette histoire il en a fait un tissu géant, que vous pouvez voir ici.
Ils avaient 17 ans, et devaient s’échapper, sans savoir ni où aller, ni pour y faire quoi, ni comment…
C’est alors, qu’ils ont suivi « le mouvement » d’alors, et sont allés s’installer à proximité de Lima, et ont ainsi commencé à faire des travaux agricoles. Pourquoi Lima ? Cr il fallait plus de sécurité, plus de travail, et puis les changements allaient venir c’était sûr et ils voulaient être aux premières loges. Ils ont donc vu l’espoir d’une paix renaître, et de nouvelles libertés apparaître… ce fut l’Aube de leurs vies… et elle commençait pourtant plutôt sur de fausses notes…
Nous étions des déplacés
L’électricité qui est arrivé, et tous les changements qui ont suivis ne furent que surprises et réjouissances.
Aujourd’hui, à 46 ans (ils sont nés en 1956), leur vie est plus simple et plus pacifié, à tel point qu’ils trouvent que les communications sont étonnement faciles, et bien mieux accessibles à tous. La preuve en est selon Emilio : « vous allez parler de moi sur un site internet français »…
Il le résume plutôt bien : « nous étions des déplacés, nous sommes sortis d’une situation incommodante, mais pourtant nous ne pouvions donner un message politique en tout liberté et sans crainte de représailles… alors nous avons souhaité transmettre des messages à travers nos produits ».
Nouveau point donc pour l’équitable : celui-ci permet de faire passer des messages politiques, directement inscrits sur les produits ! (de manière subjective ou pas).
Ils m’ont aussi confié, que même s’ils n’ont pas eu la jeunesse rêvée, ou une éducation, ils ont pu réaliser que les changements sont toujours possibles, il suffit d’avoir la foi… En cela l’art et la forte identité que représente pour eux la céramica de Quinua, los tejidos, ou bien encore los rétablos les ont aidé.
Ils retournent parfois dans leur ville d’origine, là où ils s’étaient séparés pour venir à Lima (de force). Leur rêve serait d’y retourner et d’y vivre une existence paisible, sans travail et sans terrorisme.
Une rencontre qui résume sans doute assez bien la situation de milliers de déplacés péruviens.
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