[Pérou] Rencontre avec Cocla, Central de Cooperativas Agrarias Cafetaleras

Lima, Pérou. Après avoir rencontré l'organisation nationale des petits producteurs artisanaux, je devais rencontrer une des organisations les plus importantes du Pérou. Ce fut chose faite, en plein milieu du mois de novembre liménien. Le lieu de rendez-vous ? Le siège social de Cocla, fondée en 1967, et regroupant 8000 producteurs, dont 7235 certifiés équitables regroupés en 22 coopératives.

Cocla

Cocla, Central de Cooperativas Agrarias Cafetaleras

La personne qui m'a accueilli ? Carmen León, gérante commerciale de la Coopérative, grand sourire aux lèvres et heureuse d'avoir la visite d’un français. C'est à l’odeur de café que j’ai trouvé le siège, siège qui regroupe également le stock de milliers de sacs prêts à être exporté. Nous sommes en effet non loin de l'aéroport international, important hub sud-américain, et près du port maritime qui occupe la première place sur la côte ouest sud américaine.

Cocla est répartie dans tout le Pérou de la façon suivante :
- Lima : marketing, entrepôts, la moulure, le service qualité et bien sur le service commercial qui prend les commandes, négocie les contrats et gère les clients existants.
- Cusco : administration, café et boutique, café à l'aéroport, entrepôts
- Qullabamba : siège social, entrepôts, qualité, gestion des projets, laboratoire d’analyse, formations et crèche, ventes d'engrais bio, également s'y trouve le siège de Cocla Tours, qui organise des voyages solidaires.

En ouvrant la porte, je me suis rendu compte qu'il y avait en effet de quoi être la plus importante coopérative de café du Pérou : des sacs de cafés empilés jusqu'au toit d’un énorme hangar, un camion en train d’être chargé, et surtout des ouvriers en train de remplir des sacs de cafés.

Carmen m'a ainsi emmené visiter les bureaux de Cocla, plutôt colorés et à l’effigie de Cocla, des sacs en toile de jute, ainsi qu’une ribambelle de café faisant office de décors.

Pour m'accueillir ? Un bon café évidemment, servi 5 minutes à peine après mon arrivée. L'ambiance était donnée : à Cocla, on aime le café de notre terre, et on le fait savoir. (El café de nuestra tierra est d’ailleurs le slogan de Cocla pour le marché national).

Cocla est née de la volonté de milliers de petits producteurs qui voulaient se solidariser et être plus forts face aux négociants qui faisaient pression sur les prix, allant même jusqu'à acheter du café 30 à 50% moins cher que le coût de la production. Ainsi, dès 1967, des producteurs se sont alliés pour finalement arriver aujourd'hui à être plus de 8000, dont 7235 équitables, 4000 bio, et 1300 couvrant les pré-requis de Rainforest Alliance.

Cocla : une superstructure de l'équitable

L'objectif principal de Cocla est bien d'améliorer les conditions de vie des producteurs. A l'origine également le but était de passer d’une production de feuilles de coca à du café, bien exportable légalement. Aujourd'hui Cocla exporte du café non torréfié (à cause des taxes douanières sur les produits transformés du café), mais également du cacao, et du thé. Cocla est rentrée dans une dynamique de diversification, possédant même à présent une coopérative d'éco-tourisme, qui permet notamment d'aller visiter à la fois des coopératives et certains lieux touristiques emblématiques de la région, dont le Machu Picchu ou bien encore la vallée sacrée.

Aujourd'hui Cocla vend une partie de ses produits au niveau local, et engrange ainsi des revenus supplémentaires. Sa présence est de plus en plus importante. Cocla est vendu dans la plupart des supermarchés, et plusieurs troquets vendent son jus.

Cocla vous l’aurez compris est une véritable machine, une super organisation en somme qui regroupe des coopératives regroupant elles mêmes des petits producteurs.

L'union faisant la force, (c’est d’ailleurs un de leur slogan), Cocla arrive même à devenir meilleure gestionnaire de sa production, sans détruire l'environnement, rien qu'en appuyant ses producteurs par le biais de formation techniques et théoriques.

Parallèlement à tout ceci, Carmen m'apprend que Cocla mène divers projets que j'aurai sans doute la chance de visiter en personne bientôt. Notamment des programmes d'éducation, (écoles, formations, aide à l’inscription universitaire pour les enfants de producteurs, apprentissage de langues), ainsi que des programmes sociaux et sanitaires, avec la création d'un programme rural d'accès aux soins (mené par des membres de coopératives sur la base du volontariat). Par ailleurs Cocla investi les différentes primes bios et équitables dans des programmes de constructions, dont des routes, des ponts ou encore des systèmes de récupération d'eaux.

Un de leur projet les plus importants est d'aider au développement d'une véritable coopérative de femmes « Sumaq T'anta Â» littéralement « Pain Délicieux Â», coopérative qui finance des micro-projets portés par des femmes, dont le but est de réduire le « machisme Â» et bien sur d'améliorer l'autonomie et l'indépendance des femmes dans cette région.

Carmen me résumant ainsi l’activité de Cocla : savoir tout faire et apprendre aux producteurs à tout faire, et ce en apportant à la fois des compétences techniques, commerciales mais aussi en aidant à financer et exporter la culture de café.

Aujourd’hui, 44% du café exporté par Cocla est équitable, 30 % est bio (les 2/3 des produits sont bios et équitables), le reste se répartissant entre du café de qualité 1 ou 2 (pour les mélanges, ou la production industrielle) ou bien encore avec des certifications autres - du type Rainforest Alliance. Tout ça représentant à peu près 15.000 tonnes de café produit par an soit environ 500 containers.

Les lieux de production, se situent à des altitudes idéales entre 800 et 1800 mètres, pour des températures comprises entre 18 et 26 degrés (ni trop froid ni trop chaud), pour une récolte allant d’Avril à fin Novembre. Le reste du temps c'est la saison des pluies.

« Cocla, la force du café au service d'une économie plus juste Â»

Pour Carmen, le commerce équitable permet aux petits producteurs d’avoir une réelle alternative, mais la demande n'est de toute façon pas assez forte pour que la majorité des producteurs passe au tout équitable. L’intérêt principal selon elle, est que même si une partie réduite des producteurs sont équitables, les projets eux, bénéficient à tous, y compris à ceux qui n'ont pu bénéficier la certification, faute de moyens.

J’apprends d'ailleurs que tous ne savent pas exactement ce qu'est le commerce équitable, par contre tous savent ce qu'apporte la coopérative, et c'est bien là l'essentiel puisque celle-ci a inscrit dans sa charte bon nombres de principes du commerce équitable. Les petits producteurs disposent généralement de 1 à 4 hectares, l’ensemble de ces petits producteurs représente tout de même 50.000 personnes.

Quant aux clients, ils sont variés, et vont bien sur de l'entreprise Alter Eco, jusqu'à Starbucks, ou bien encore Nestlé pour le Low Grade Quality Coffee.

Cocla est entrée dans une phase de développement de nouveaux projets et cherche d’ailleurs des ONG pouvant l’appuyer pour ceux-ci, notamment pour améliorer la qualité du café, mais aussi pour améliorer les conditions de vie de certains de ses producteurs. Rappelons par ailleurs que le café de Cocla avait été élu « saveur équitable de l'année 2010 Â».

Indubitablement pour Carmen, la coopérative tient ses promesses même si en ce moment elle ne touche que les primes de développement en ce qui concerne l’équitable (puisque le cours de la Bourse est plus haut que le prix minimum).

Le café péruvien est également menacé en ces temps de surchauffe boursière (les prix atteignent des sommets jusque là jamais égalés), et attire ainsi une certaine « mafia Â» colombienne, qui se sert ici pour moins chère qu'en Colombie, et qui revend le tout estampillé « Colombien Â» pour le prestige. Ainsi les chiffres mondiaux sont sans doute un peu biaisé par ce trafic « marketing Â».

Enfin, j’ai eu la chance de discuter avec Carmen sur les changements climatiques, celui-ci étant arrivé naturellement dans notre conversation, puisque les petits producteurs depuis 1967 et bien avant, on signalé des changements de périodes de récoltes, ou bien ont dû utiliser des espèces différentes de caféiers pour pouvoir survivre.

Aujourd’hui d’ailleurs, de nombreux projets environnementaux sont en cours de réalisation, projets qui devraient permettre notamment la diversification de culture (comme le cacao qui se mêle très bien au café) ou bien qui amélioreront les cultures vivrières des producteurs. Au siège même de Cocla, les employés se diversifient et ont monté un projet entre femmes de création de bijoux.

Une rencontre qui fut véritablement enrichissante, et ce n'est pas fini car je vais avoir l’immense honneur d'aller à la rencontre de petits producteurs de café fin novembre, pour la fin des récoltes.

Toute l'équipe d'Ekitinfo tient à remercier Alter Eco et la région Rhône Alpes pour leur précieuse aide pour l’organisation de ces visites. Nous vous donnons rendez vous très rapidement pour la suite de ces rencontres à travers des reportages photos et bien sur de futurs articles. Sans doute début 2012.

Quelques photos en rapport avec Cocla - Album photo complet

Didier Reynaud

Commentaires

Connais tu la part que Cocla exporte a l'international et la part vendu a un niveau local?

Environ 80% de la production de café est exporté, principalement en Europe et aux Etats Unis, le reste est vendu localement. Ils comptent dans leurs clients proches Starbucks notamment...

‎- "To do is to be". Nietzsche
"To be is to do". Kant
- "Do be do be do". Sinatra

Bonjour, je m'appelle Sophie, je suis étudiante à l'IEP de Grenoble où je me spécialise en économie sociale.
J'aimerais justement faire un stage au Pérou lors de ma 4ème année et si possible dans uns structure d'économie sociale, une coopérative serait l'idéal pour moi.
Pourriez vous par hasard m'en dire un peu plus sur votre expérience au sein de la COCLA?
Etiez vous à Quillabamba au siège social ou avez vous pu "côtoyer" l'une des 23 coopératives qui constituent la COCLA?
Votre expérience m'intéresse énormément et m'aiderait à monter plus solidement mon projet!

Si vous me répondez, écrivez moi sur mon mail que j'ai donné dans mes informations personnelles.
Bien cordialement,
Sophie.

@Sophie Be : j'ai fais suivre ton commentaire et ton mail à Didier. Pour répondre à ta deuxième question, Didier a effectivement rencontré des producteurs et visité les coopératives. Tu peux voir tous les articles sur son périple ici : http://www.ekitinfo.org/journal/decouvrez-le-perou-grace-a-didier

Président de l'association Ekitinfo.
Un nouveau regard sur le commerce équitable

Je viens de répondre à l'email :) ! Au plaisir de répondre à tes questions !

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