Philippe découvre les producteurs de Madagascar

Philippe Savoye est bénévole dans l'association Artisans du Monde Crolles. Il s'investit dans de nombreuses actions humanitaires et il apprécie particulièrement les voyages. Dernièrement il s'est rendu à Madagascar. Durant ce voyage, Philippe Savoye s'est rendu dans deux coopératives de producteurs afin de connaître les réalités de terrain du commerce équitable. Je vous laisse découvrir la suite !

La pêche à Madagascar

Madagascar en quelques chiffres

Madagascar, «Ile continent », est vaste comme la France et le Benelux. Les ancêtres des Malgaches venaient d’Afrique orientale et d’Asie (Indonésie). Les premières incursions européennes remontent au XVII° siècle. L’indépendance fut proclamée le 26 juin 1960 .

La population, plus de 17 millions d’habitants, est jeune (plus de 45 % ont moins de 15 ans) et 80 % vivent en milieu rural . 18 ethnies composent ce peuple, aux relations sociales très complexes, où demeure le système des castes.

L’espérance de vie est de 56 ans, 85 % de la population vit avec moins de 2 $ par jour, le PIB par habitant est l’un des plus faible du monde et sur 1 000 naissances, 123 enfants meurent avant l’âge de 5 ans . Les dépenses publiques d’éducation et de santé représentent respectivement 3,3 % et 1,7 % du PIB, l’aide publique extérieure en représente 28,3 %.

En 2005, le président de la république a fait adopter le « Plan d’Action Madagascar 2012 » fixant des objectifs chiffrés pour cette date : espérance de vie à 65 ans, population ayant accès à l’eau potable passant de 36 à 85 %, enfants terminant les sept années du primaire : de 5 à 90 %, etc.

Le voyage de Philippe Savoye

Mon voyage avait pour objectif de découvrir quelques facettes de ce pays à partir de contacts au plus proche de la réalité quotidienne, ce qui m’a permis de rencontrer des Malgaches acteurs de leur propre développement , des organismes œuvrant dans le domaine social, qu’ils soient malgaches ou initiés par un « vazaha » (étranger) : orphelinats, structures d’accueil et d’insertion, organismes de micro crédits… et différents acteurs du commerce équitable .

Rencontre à Fianarantsoa

La première rencontre fut avec Rolland qui organise une manifestation à Fianarantsoa lors de « la journée mondiale du tourisme ». Animation musicale, principalement à destination des jeunes, sensibilisation au danger du tourisme sexuel, stands de producteurs, guides, artisans locaux et commerce équitable , dont notamment Reggio Terzo Mondo (RTM), association italienne qui œuvre pour la création d’une association nationale (une quarantaine de structures ont été reconnues comme appliquant les principes du commerce équitable, suite à une visite par les représentants du Ministère et de RTM).

L’association Cœur Malgache , dont Rolland est le directeur, outre un bureau des guides et un atelier de broderie, a créé une fromagerie. Après avoir formé 4 jeunes sortant d’un orphelinat, l’association commercialise, très artisanalement « le ricky » auprès d’hôtels et de supermarchés. La demande est telle, qu’un projet de ferme est à l’étude... En ce qui concerne les autres activités la difficulté est essentiellement la commercialisation (vente commerce équitable en Italie, venue de touristes)

Rencontre à Antananarivo

A Antananarivo, je me suis rendu à Madagascar’Arts, entreprise avec laquelle travaille Artisans du Monde. Sa directrice Muriel CROSNIER-PELLAN l’a reprise en 2001 lorsqu’elle était proche de la fermeture.

Une soixantaine de femmes y travaillent : une quarantaine salariées et une vingtaine d’occasionnelles payées à la tâche . Les salaires sont nettement plus élevés que dans les entreprises similaires : le plus bas est à 34 € (SMIC à 24 €). Le repas du midi est payé par l’entreprise. Les cotisations sécurité sociale et retraite sont assurées. Les salariées sont encouragées à scolariser leurs enfants . Deux boutiques vendent directement à Antananarivo

Muriel est critique à notre égard le paiement tarde, les commandes sont peu nombreuses (7 % de notre chiffre d’affaires). Nous n’avons pas d’échange avec la France. Nous souhaiterions avoir des informations régulières de votre part. Vous donnez l’impression d’un club entre vous, un peu fermé... A méditer

Rencontre à Fivapamina

A Toamasina, Fivapamina est le sigle de « l’association des femmes de pêcheurs solidaires », créée sous l’impulsion de l’Apostolat de la Mer, institution catholique qui accompagne les marins de la marine marchande, soutient les pêcheurs traditionnels et leur famille.

Ces pêcheurs traditionnels ont émigré de l’intérieur du pays, pour des raisons économiques. Ils se sont implantés là où ils ont pu (les hommes mettent plus d’une heure pour se rendre à leur bateau ) et vivent dans un grand dénuement. Les gens de la mer sont plus pauvres que ceux vivant en brousse précise Stanislas responsable local de l’Apostolat de la Mer. Ils sont en mer environ 150 jours par an. Sur le secteur on en dénombre de 12 à 13 000, mais « les ¾ sont au chômage ».

L’association comprend une soixantaine de femmes du même village, dont une trentaine actives . L’activité de tressage, de nattage est ancienne et l’apprentissage se fait par la transmission du savoir de mères à filles. L’intervention d’un designer et l’inscription en tant que commerce équitable ont permis une évolution positive à la fois en débouché commercial qu’en reconnaissance personnelle pour ces femmes. La France représente 90 % des commandes et ils sont très satisfaits des relations avec Solidar Monde.

Les femmes tressent, la « penja » (jonc), chez elles, seules ou en petits groupes, en extérieur à l’ombre ou dans leur maison quand le temps est mauvais. Une fois l’ouvrage achevé dans sa conception principale, elles l’apportent au bureau de l’association où après vérification elles sont payées. Les finitions sont effectuées par des couturières, salariées de l’association. En fin d’année, en fonction des résultats, les femmes bénéficient d’une ristourne (jusqu’à 100 000 A soit 40 €)

Les maisons - cahutes - construites avec « l’arbre du voyageur » (sorte de palmier) sont régulièrement détruites lors du passage des cyclones. D’une superficie d’une dizaine de mètres carrés, divisées en deux pièces (cloisons partielles ou simple voile) : une chambre à coucher pour les parents, dont le lit de 140 occupent les 4/5 de la pièce et une pièce à vivre avec un coin pour la cuisine (juste un poêlon et un foyer), une natte par terre ou dorment tous les enfants et parfois une table.

Faites-vous trois repas par jour ?

Simples « photographies » d’une société inégale et fort complexe qui a des atouts pour son propre développement mais qui, pour de multiples raisons, n’arrivent pas à réellement décoller.

Peuple travailleur et, ici ou là, des personnes construisent une société où des valeurs humaines leurs servent de clé de voûte. Relativisons : à ma question faites-vous trois repas par jour ?, une femme travaillant à Fivapamina répond : Non nous n’en faisons que deux, mais c’est déjà très bien, car nombreuses sont les familles qui n’en font qu’un... et parfois même pas tous les jours !

Philippe Savoye

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