Raconter l'histoire des petits producteurs, une tâche difficile

Interviewer des petits producteurs n’est pas facile. Je m’en suis à nouveau rendu compte en interviewant Serge, producteur de Litchi et Gérard, producteur de cacao. Il est difficile de retranscrire leur quotidien, leurs besoins et leurs opinions. Il est aussi difficile d’appréhender l’ensemble de la filière, car quand je parle avec un petit producteur, en tant que consommateur, je suis complètement à l’opposé de la chaine.

Les difficultés à surmonter

1. La langue. Vous me direz, c’est évident, mais en général les petits producteurs ne parlent pas français. L’interview en anglais (ou en espagnol) est donc obligatoire, et l’exercice n’est pas toujours facile, que ce soit pour les petits producteurs ou pour moi. Ce n’était pas le cas pour les producteurs malgaches qui parlaient français.

2. Le processus de transformation. En tant que consommateur, je connais le chocolat. En tant que producteurs ils connaissent les graines de cacao. Si je veux comprendre l’impact du commerce équitable, je dois comprendre l’ensemble de la filière. Par exemple, je dois connaitre les différentes étapes de transformation du cacao : récolte, écabossage, fermentation, séchage, brassage, concassage et enfin le couchage de la pâte de cacao.

3. Le rôle des acteurs de la filière. Entre le producteur et le consommateur, se trouve en général une coopérative, un importateur et un distributeur. Chacun de ses acteurs à un rôle à jouer dans le système du commerce équitable. Les différences peuvent être grandes. Ce n’est pas la même chose si les producteurs travaillent pour une coopérative ou dans une plantation. De même ce n’est pas pareil si l’importateur est spécialisé dans le commerce équitable ou non. En plus, à ces acteurs « traditionnels » s’ajoutent souvent des partenaires financiers, je pense notamment au ministère de l’agriculture malgache et au Fond International de Développement Agricole des Nations Unies pour Serge.

4. Les motivations des acteurs de la filière. C’est surement le plus difficile à comprendre car cela nécessite d’effectuer des recherches complémentaires. En effet, si le producteur peut expliquer pourquoi il fait du commerce équitable, il ne connait pas les motivations des importateurs et distributeurs. Voilà pourquoi j’ai ajouté sous cet article les explications de Christophe Eberhart, co-fondateur d’Ethiquable.

5. La répartition de l’argent. Pour être honnête, si mes deux articles n’avaient pas été relus par Ethiquable et par Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, ils auraient contenus énormément d’erreurs. La plupart du temps je m’étais trompé sur le prix payé par Ethiquable ou le prix de vente sur le marché local. Pourquoi ? Parce que le prix dépend du niveau de transformation du produit (cacao frais ou cacao sec par exemple) et de sa « qualité » (commerce équitable, agriculture biologique), sans compter qu’il faut comprendre quelle est la somme payée à la coopérative et celle payée au petit producteur. Bref, ce n’est pas toujours facile d’arriver à donner des chiffres justes simplement en interviewant un producteur et je ne parle pas de la conversion entre les euros et la monnaie locale…

Pourquoi Ethiquable a choisi Madagascar ?

Je termine cette petite série d’articles sur les producteurs de Madagascar avec des explications de Christophe Eberhart, co-fondateur d’Ethiquable.

« Notre quinzaine du commerce équitable s’achève. Elle était centrée cette année sur Madagascar, avec la participation de trois producteurs des organisations partenaires d’ETHIQUABLE dans la grande île : Fanohana, producteurs de Litchi et vanille, Lanzan’ny Zambirano, producteurs de cacao et Paaco, producteurs de sucre complet à la vanille. Cette visite est pour nous un aboutissement d’un processus qui a commencé il y quatre ans lorsque nous avons décidé de développer plusieurs projets à Madagascar. Pourquoi ? Parce que Madagascar est un pays où la pauvreté et l’insécurité alimentaire atteignent des proportions dramatiques, mais aussi parce que les paysans de ce pays sont producteurs de nombreux produits tropicaux qui se retrouvent sur notre table : cacao, café, poivre, vanille, cannelle, gingembre, canne à sucre, fruits tropicaux…. Et qui pourtant restent dans une grande précarité.

Ce que nous défendons à Madagascar ? … des organisations de producteurs autonomes qui ont leur propre capacité d’agir et de transformer la société. C’est important dans un pays où les producteurs sont rarement organisés pour défendre leurs intérêts dans des filières largement dominées par des exportateurs qui ont tous les pouvoirs. D’ailleurs, même dans le commerce équitable, les organisations sont presque toutes créées ou suscitées par des exportateurs et donc forcément dépendantes d’eux. Serge de Fanohana nous expliquait que lors de la première rencontre des organisations certifiées par FLO, il s’était rendu compte que sur 9 organisations certifiées, ils étaient les seuls à ne pas dépendre d’un exportateur. Or, la finalité du commerce équitable n’est pas seulement de mieux rémunérer des petits producteurs, mais surtout de renforcer les capacités des organisations pour qu’elles puissent dérouler leur propre projet, gagner du pouvoir au sein des filières et négocier avec leur Etat. C’est ça notre projet à Madagascar et c’est pour ça que nous affichons le lien direct avec les producteurs sur notre tablette Madagascar. »

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