Rencontre avec Eugène, producteur de mangues équitables
Il y a quelques jours, j'ai eu la chance de rencontrer Eugène Mein Millogo, producteur de mangues équitables au Burkina Faso. J'ai pu échanger avec lui pendant plus 2 heures : certification équitable, agriculture biologique, culture du manguier, accès à l'école, ... nous avons abordé tous les sujets ! Retour sur cette rencontre enrichissante.
La récolte des mangues
Eugène est le secrétaire général de l'UPROMABIO, réseau burkinabé qui regroupe 5 groupements de producteurs soit une soixantaine de producteurs. Il possède 6 hectares de manguiers, 2 hectares pour les mangues Amelia et 4 hectares pour les Brooks. La première variété est récoltée entre mars et juin et la seconde entre juin et août.
Ces 6 hectares, il les a hérités de son père. Mais il vient de planter 10 hectares supplémentaires (6 hectares de Brooks et 4 hectares d’Amelia). Pour les cultiver, il possède deux bœufs et une charrue. Il a aussi engagé un « permanent » pour l'aider.
Il récolte entre 5 et 7 tonnes de mangues par hectare. En 2011, il a récolté 42 tonnes. Une bonne année donc ! Heureusement d'ailleurs, car l'année 2010 a été catastrophique. Il a perdu près de la moitié de sa récolte à cause d’un parasite : la mouche du fruit, qui provoque un pourrissement prématuré des mangues. Pourtant il existe un insecticide naturel pour lutter contre cette mouche : ‘le succes apat’. Mais à 19€ le litre, sachant qu’il faut 8 litres par hectare, le produit est trop cher pour lui. Et cela, malgré l'aide de l’Etat qui finance 90% de l'achat la première année, 50% la deuxième et 25% la troisième. Pour la récolte, Eugène embauche des contractuels, payés 200 Francs CFA (30 centimes d’euros) par heure. Pour comparer, le SMIC au Burkina-Faso est de 180 FCFA. Et pour donner un ordre d'idée, c’est ce que coûte une consultation à l'hôpital.
La certification commerce équitable
L'UPROMABIO est certifiée « commerce équitable » par Fairtrade International (FLO), c'est-à -dire le label Max Havelaar pour la France. Pour cela elle doit répondre à de nombreux critères, et en particulier les critères de démocratie et de transparence. Chaque année, les producteurs se rassemblent pour l'Assemblée Générale. Ils y prennent les principales décisions et y élisent le bureau (président, secrétaire, trésorier). Celui-ci est renouvelé tous les ans, par moitié. Eugène est secrétaire depuis 3 an.
Chaque année un inspecteur vérifie que l'organisation respecte bien les critères du commerce équitable et de l'agriculture biologique. Il reste 3 jours sur place et inspecte 3 groupements sur les 5 qui composent l’UPROMABIO. En général, il est d’origine burkinabé ou camerounaise. Si les producteurs ne respectent pas les critères du commerce équitable, l’inspecteur définit avec eux les mesures correctives à prendre ou, dans les cas extrêmes, leur enlève la certification. L'année dernière, 3 producteurs ont perdu leur certification « agriculture biologique » car leurs voisins utilisaient des produits chimiques. La zone tampon entre leurs cultures n’était pas suffisante. Ces producteurs ne pourront pas être re-certifiés biologiques avant 3 ans.
Les deux certifications coûtent environ 8600€ par an. Cependant, ces frais qui sont normalement à la charge des producteurs sont pour le moment pris en charge par CLARO, organisation suisse de commerce équitable et principal client de l'UPROMABIO. C'est un cas assez exceptionnel dans le système de labellisation Fairtrade-Max Havelaar.
Le séchage et la vente des mangues
Eugène n’exporte pas de mangues fraiches.
Les mangues sont ensuite rachetées par CLARO et redistribuées dans les différents magasins de commerce équitable européens. Vous en trouverez notamment dans la boutique Artisans du Monde Crolles où j'ai rencontré Eugène.
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