Vivons nous l'adolescence de l'équitable ? (4/5)
En faisant mes courses quotidiennement, si je n'y prête vraiment pas attention, il m'est difficile de trouver des produits issus du commerce équitable, y compris au cœur de Paris, au cœur du 5ème, près du Panthéon et du Jardin du Luxembourg. Et en regardant, là où « mes nouveaux voisins » consomment je me rends compte qu’il leur est quasiment impossible de consommer équitable, peut être bio tout au plus, et encore.
Dans un schéma traditionnel de « métro-boulot-dodo » difficile de surveiller sa consommation, difficile de prendre le temps d'aller dans les petites boutiques ou bien encore de surveiller les nouveautés équitables. Pourtant je croyais que ces consom'acteurs vivaient au cœur de notre capitale, rive gauche notamment...
« Nos consom'acteurs sont devenus stériles ! »
Mais où sont donc passés tous ces 160 millions de consom'acteurs cités par Tristan Lecomte dans son livre « Le commerce sera équitable » ? Pourquoi ne se sont-ils pas multipliés ?
Rassurez-vous, ils sont quand même toujours là , mais ont peut être réorientés leur consommation : au lieu d'aller acheter de l'équitable au supermarché, ils ont réinvesti les marchés, ils ont repris le contrôle des friperies, des brocantes. Ils sont devenus maîtres non pas dans l'équitable, mais dans leur manière d'acheter. Ce sont un peu les rois de la débrouille, ils vont à la boucherie acheter leur viande, ils vont à la poissonnerie, vont dans ces marchés jamais vraiment désertés et en plein boom, dans ces petites épiceries qui fleurissent partout et qui vendent de tout, à n'importe quelle heure.
Mieux : ils achètent sur internet. Encore plus forts : ils sont devenus méfiants pour tout ce qui a pu un jour leur permettre de changer de consommation. Ils ont été les « cobayes » d'un nouveau mode de consommation, ont supporté l'arrivé du bio, soutenu le commerce équitable, orienté leur consommation vers des lieux de distribution de type coopérative. Mais aujourd’hui, tout ces marchés là ne sont plus véritablement en croissance mais en restructuration, ça tombe bien eux aussi !
« L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage : 7ème étage, jusque-là tout va bien; 2ème étage, jusque-là tout va bien; premier étage, jusque-là tout vaaaaa... »
Peut-être que nous allons rebondir, mais il est urgent à mon sens que nous investissions tous les lieux où ces acteurs et futurs acteurs vont consommer. Il faut rendre l’équitable accessible à tous. Pas à n’importe quel prix, mais au contraire le faire rentrer dans leur quotidien. Qu'ils aient, si ce n'est l'impression du moins l'illusion, que l'équitable couplé au bio cela va de soi. Qu'il devienne l'acte d'achat banal, non dénué de sens, et qu'il permette de toujours s’interroger sur la provenance des produits, et les bienfaits qui leur sont attachés ! N'est-ce pas cela que l'on souhaite tous changer ?
Tous les lieux en question sont facilement identifiables : c'est au bas de notre immeuble qu'il faut songer à quels seraient les produits qui pourraient être introduits dans tel ou tel lieu, et pourquoi cela marcherait.
Il faut dès à présent envisager les produits qui tôt ou tard seront représentatifs de ce commerce, comme l'ont été pendant un temps le café, le thé, le quinoa, le riz, et dans une certaine mesure le coton (bien que le succès fût tout relatif, la faute peut-être aux problèmes soulevés plus haut).
« Il est temps de nous retirer »
Les grands débats dans le commerce équitable ne trouvent aujourd'hui presque plus leur place, et pourtant certains d'entre eux mériteraient d'être remis au gout du jour, au moins pour nous rassembler, faute de nous unir. A peine une décennie ans après son introduction dans la grande distribution, rares sont ceux qui croient encore à un développement d'un véritable commerce équitable par ce biais-là . La période test est-elle finie ? Qu’est ce qu’une réflexion sur ces lieux entraînerait dans l’esprit des consommateurs ? Après tout, quand une grande enseigne retire de ses points de vente un produit, la réaction des habitués est simplement de ne plus faire confiance à cette marque. Et si nous partions avant d'avoir le même sort et si notre force résidait dans une gigantesque facilité à monter des opérations hors-normes ?
Quoi qu’il en soit, ces débats semblent aujourd'hui hors-propos, pourtant, si nous voulons vraiment avancer, il ne faut pas enterrer nos démons du passé (l'entrée du commerce équitable dans la grande distribution avait entrainé de nombreuses dissensions au sein du mouvement équitable) mais bien au contraire les faire ressurgir, pour qu'ils nous aident à comprendre où est l'erreur. Mais si erreur il y a eu, pourrions-nous la reconnaître seulement ? Ou bien nous cacherions nous encore derrière les mêmes arguments et stopperions nous les débats avant qu'ils aient lieu ?
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